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« Dans un jardin qu’on dirait éternel » : Tatsushi Omori livre une douce parenthèse de sérénité ancestrale

« Dans un jardin qu’on dirait éternel » : Tatsushi Omori livre une douce parenthèse de sérénité ancestrale

26 août 2020 | PAR Loïs Rekiba

Dans un jardin qu’on dirait éternel est le dernier film du réalisateur japonais Tatsushi Omori. Ce dernier nous livre une douce parenthèse de sérénité ancestrale narrant en même temps le long chemin de croix d’une jeune adulte de la classe moyenne japonaise vers la sérénité la plus totale.

Dans une maison traditionnelle située au sud de Tokyo, à Yokohama, deux cousines, Noriko (Haru Kuroki) et Michiko (Mikako Tabe) s’initient à l’art de préparer le thé. Le film se concentre davantage sur la trajectoire intime de Noriko qui abandonne petit à petit son ambition de faire carrière dans le monde de l’édition pour assimiler le rite ancestral de préparation du thé, en compagnie de Madame Takeda, dont la présence crève l’écran grâce à la performance rieuse et espiègle de la regrettée et iconique Kirin Kiki dont ce film fait office de testament cinématographique plein de grâce et de lumière. 

Entre art de faire et art de vivre, il n’y a qu’un pas

Noriko et Michiko sont deux cousines que tout, au premier abord, semble séparer. La première est sérieuse et travailleuse, tandis que la seconde a plutôt tendance à être enfantine, décalée, rêveuse et rieuse. Le film prend son appui sur le point de vue de Michiko pour qui le rituel ancestral et bien ordonné de la préparation du thé fera office d’une pause, d’une parenthèse salutaire face au rythme de la vie moderne, ou plutôt de ce que doit être une vie pour une jeune adolescente issue de la classe moyenne des environs de Tokyo.

Le film parvient à mettre en valeur l’idée que l’art de faire le thé est équivalent à celui d’un art de vivre, du bien vivre en cohésion avec la nature environnante, ses éléments et, surtout, avec le plus profond de soi-même. Madame Takeda parvient à apprendre à la jeune Noriko que l’enjeu de l’art du thé n’est finalement qu’une sorte d’excuse pour apprendre à bien guider ses passions, ses ambitions, bref la trajectoire de toute une vie. En apprenant à réaliser le cérémonial du thé, c’est à un rite initiatique que Noriko et le spectateur émerveillé par la parcimonie, la dextérité et l’exigence ancestral de l’entreprise font face. Ce rituel passionnant et riche, plein de sagesse, de dévouement et de bonne volonté -matérialisé par le film qui fait en ce sens office d’une douce mise en suspens- s’affirme finalement comme une métaphore de la vie humaine aspirée et souhaitable pour tout un chacun.

Grace à son rythme contemplatif, le film passionnera celles et ceux qui portent un intérêt à l’art de vivre japonais. Mais le film ne saurait se réduire à cela. Il se distingue par l’universalité de son propos : une très belle méditation sur le sens à donner à sa vie, dont il faut savourer chaque jour l’instant qui passe et cultiver en son fort intérieur une forme de perfectionnisme : un culte de la lenteur, de l’attente, et un gout du progrès mélangé à une volonté affirmée de comprendre tout ce qui nous entoure, tout ce qui fait monde et avec ce quoi nous faisons corps en tant qu’êtres humains. tout en s’efforçant de comprendre la nature des choses. De l’élégance, du fond, et de l’esthétique, Un jardin qu’on dirait éternel ne vous laissera certainement pas de marbre. 

 

 

©Visuel: affiche du film

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Loïs Rekiba

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