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Cyrano ne manque pas de panache au Châtelet

25 mai 2009 | PAR Juliette

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Monsieur de Bergerac s’installe pour cinq représentations exceptionnelles au théâtre du Châtelet. Les décors sont (sur) chargés, la musique pas toujours mélodique et même pompier, la mise en scène relativement conventionnelle, pourtant le spectacle porte une charge émotionnelle intense, et réserve de grandes surprises.

Ils sont venus d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne, de Suisse et des Etats-Unis pour écouter et voir le Ténor Plácido Domingo, à Paris, dans la comédie héroïque Cyrano de Bergerac. L’histoire, tout le monde la connait. Calquée sur la pièce d’Edmond Rostand, elle en garde la trame simplifiée sans apporter d’innovation. Ainsi, quand Cyrano prend la parole, sans préambule, son nez s’impose et l’amour impossible qu’il voue à sa cousine détermine la suite de l’histoire. Exit la tirade du nez et la poésie bavarde du Gascon, Christian mouche son ainé sans dégainer son épée, les deux hommes tombent dans les bras l’un de l’autre, et leur complicité autour de la belle Roxane les conduit vers l’issue que tout le monde connait.

CYRANO DE BERGERACLors du premier acte, la mise en scène est franchement séduisante. Nous sommes en 1640, dans la coulisse du théâtre de l’Hôtel de Bourgogne où Monfleury, l’acteur, développe tout son talent autour d’une pantomime grandiloquente. Le rideau s’ouvre, et les spectateurs, en grand nombre, apparaissent de l’autre côté de la scène. Vision miroir. La pièce s’ouvre sur le show of, le mensonge du théâtre néo quelque chose en carton pâte, dont nous sommes aussi les spectateurs. Cyrano surgit. A la fin de l’envoi il touche Valvert. Du décor très chargé, nous ne verrons plus, lors des actes suivants, que l’endroit, confondu dans des teintes d’oxymores, inspirées des tableaux épiques de Géricault et Delacroix. Ces tableaux sont rendus possibles par un casting de figurants impressionnants qui se jettent à corps perdus dans leurs combats, l’épée métallique en lumière, ou lorsqu’ils animent les cuisines de Ragueneau, le rôtissier pâtissier, afin d’incarner les cadets de Gascogne. Cyrano de Bergerac est une super production. Celle-ci ne serait rien sans son ténor Plácido Domingo dans le rôle titre, mais aussi Nathalie Manfrino, séduisante à outrance, et qui donne d’emblée l’impression que l’amour est possible entre elle et le poète. Saimir Pirgu, le Christian, est une voix et au charisme sensuel qui place le jeune cadet pas très loin du maître au grand nez. Tout le spectacle joue sur le trop, l’abondance et la gourmandise. Les atmosphères sont nourries, jamais sobres. Et la musique de l’italien Franco Alfano, qui tente d’être réhabilitée depuis quelques années, concourt à cet état d’esprit. La partition, dissonante comme du Ravel ou du Debussy, (et qui flirte aussi au début de spectacle avec Bizet quand il s’agit de chanter l’amour en français), finit chaque acte par une agitation outrancière qui ne manque pas d’émouvoir un public déjà conquis par la performance de Patrick Fournillier, le directeur musical.

CYRANO DE BERGERACMais tout cela serait lourd, très lourd, si la mise en scène de Pétrika Ionseco ne jouait pas à contrario la direction d’acteur sur la carte de la spontanéité. Roxane qui menace Cyrano d’un fouet en cuisine, ou la vitalité de chacun des figurants donnent une impression de légèreté qui s’accorde à merveille avec l’esprit du texte initial d’Edmond de Rostand. Que ce soit les combats des cadets, ou chaque mouvement de foule, une fausse approximation donne vie à l’histoire. Les acteurs se meuvent comme dans un ballet, et l’intrigue fait oublier les envolées musicales un peu too much. Cyrano de Bergerac n’a plus qu’à poser son talent, et Plácido Domingo l’incarne avec une grande sobriété. L’opéra en quatre actes ne dure pas. Les trois heures s’achèvent sur un final en deux temps : après la mort du poète,  touchante, l’appararition de la troupe au complet donne le sentiment que ce projet fut des plus agréables à mettre en scène. Le plaisir est partagé.

Cyrano de Bergerac au Théâtre du Châtelet les 19, 22, 25, 28 à 20h et le 31 mai à 17h réservation par téléphone au 01 40 28 28 00 ou sur le site du Théâtre du Châtelet tarif allant de 122,50 à 27,50 euros.

Direction musicale Patrick Fournillier
Mise en scène et décors Petrika Ionesco
Costumes Lili Kendaka
Assistant décors Christophe Vallaux
Livret Henri Cain

Cyrano Plácido Domingo
Roxane Nathalie Manfrino
Christian Saimir Pirgu
La Duègne Doris Lamprecht
Ragueneau Laurent Alvaro
De Guiche Marc Labonnette

Orchestre symphonique de Navarre
Choeur du Châtelet

En partenariat avec l’Orchestre symphonique de Navarre et le Gouvernement de Navarre

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Juliette

One thought on “Cyrano ne manque pas de panache au Châtelet”

Commentaire(s)

  • Merci pour ce compte-rendu limpide.

    Effectivement, la surcharge littérale semble le choix de la nouvelle direction du Châtelet. Ce n’est pas sot, dans la mesure où l’Opéra de Paris, dans les mêmes répertoires, laisse plus de part à la création scénique. Pour les Fées en tout cas, c’était réussi.

    Pour Cyrano, il est de toute façon difficile de s’abstraire du contexte, tant la pièce fourmille de références malicieuses.

    Quant à la musique, c’est effectivement un objet bizarre, quelque part entre Puccini et Hindemith à l’oreille, mais qui cherche très manifestement à s’inspirer de Debussy et Ravel.

    mai 30, 2009 at 10 h 46 min

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