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Le cinéaste Claude Lanzmann, réalisateur de « Shoah », est décédé

Le cinéaste Claude Lanzmann, réalisateur de « Shoah », est décédé

05 juillet 2018 | PAR Solene Paillot

Claude Lanzmann, le cinéaste mais aussi écrivain, journaliste et philosophe, s’est éteint à l’âge de 92 ans à Paris.

Le cinéaste Claude Lanzmann est décédé aujourd’hui, jeudi 5 juillet, à Paris a annoncé son éditeur à l’AFP. Il est difficile de résumer l’existence de cet homme aux mille vies qui a marqué l’histoire du cinéma à jamais avec son œuvre majeure, Shoah, fruit de douze années de travail pour 9h30 de témoignages. Également reconnu en tant qu’écrivain, journaliste, philosophe et directeur des Temps Modernes,  Claude Lanzmann, âgé de 92 ans, est né le 27 novembre 1925 à Bois-Colombes dans les Hauts-de-Seine d’une famille originaire des différentes branches des communautés juives d’Europe de l’est. Sa mère et ses grands-parents maternels ont embarqué clandestinement sur un bateau en direction de Marseille après le terrible pogrom de Kichinev en Moldavie.

Le passeur de mémoire

En 1943, lorsqu’il est interne au lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, le jeune Lanzmann rejoint les Jeunesses communistes et la résistance jusqu’à la Libération ou il rejoindra Paris avec sa famille. Par la suite admis en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand, il se noue d’amitié avec le futur écrivain Jean Cau qui lui fait découvrir l’œuvre de Jean-Paul Sartre. Il s’envole ensuite pour Berlin ou il enseignera la philosophie. En 1950, il revient en France. De cette année deux noms lui resteront intimement liés. Alors qu’il prête sa plume à plusieurs journaux comme France Dimanche, Elle ou Le Monde, Lanzmann fait la rencontre de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir et commence à écrire dans Les Temps modernes, la revue de Sartre qui devient son ami. De cette rencontre naitra une correspondance enflammée avec Simone de Beauvoir avec qui il a une relation et dont cent douze courriers ont été vendus à l’université de Yale en 2018. Dans les années 60, il part en Corée du Nord et vit une histoire d’amour avec une infirmière nord-coréenne, Kim Kim-sun, détaillée dans son livre autobiographique Le lièvre de Patagonie. Après ce séjour, le « passeur de mémoire » s’engage dans les luttes anti-colonialistes et signe le Manifeste des 121, qui dénonce la répression en Algérie. 1973 marque la sortie de son premier film, Pourquoi Israël. Douze ans plus tard, il sort Shoah, son documentaire définitif consacré à l’extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale, et déclare : « Je tue les nazis avec ma caméra ». Le réalisateur ne s’arrêtera jamais et revient en 2013 avec le Dernier des Injustes, consacré à Benjamin Murmelstein un juif accusé de collaboration. En 2017, 60 ans après son séjour en Corée du Nord, Lanzmann présente à Cannes un film de cent quarante minutes, Napalm. Il achèvera son oeuvre avec les Quatres Sœurs, sorti  mercredi 4 juillet au cinéma, ou il revient sur le destin de Ruth Elias, Ada Lichtman, Paula Biren, Hanna Marton, ces femmes ayant vécu l’horreur des camps interviewées en préparant Shoah. L’homme qui selon son ami Didier Sicard, repris par Le Monde « donna au peuple juif la sépulture qui lui manquait » avec Shoah, avait en 2017 perdu son fils Felix âgé de 23 ans.  Celui qui a donné à voir et à entendre le génocide juif de manière totalement inédite, restera un éternel combattant.

Crédits photos : ©flickr/Actualitté

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Solene Paillot

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