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Bras de fer à l’Odeon entre les occupants et la direction

Bras de fer à l’Odeon entre les occupants et la direction

19 mai 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Hier soir, tard, dans un communiqué de presse tombé à 22H00, le directeur de l’Odéon Stéphane Braunschweig en négociation avec les occupants CGT de l’Odéon a reconnu sa défaite et celle de toutes les équipes du théâtre et des comédiens. Il a décidé de garder les portes de la Scène Nationale closes.

La fragile mise en scène de La Ménagerie de Verre avec dans le rôle phare Isabelle Huppert ne jouera donc pas ce soir. Par communiqué le directeur affirme son mécontentement :

« Lorsque la réouverture si attendue des salles de spectacle a été annoncée, j’ai appelé à la levée de l’occupation et à la poursuite de la lutte sociale par d’autres moyens. Les occupants s’y sont catégoriquement refusés. Afin de préserver les spectacles et les retrouvailles des artistes avec le public, j’ai alors dialogué longuement avec les occupants pour trouver des solutions qui garantissent à tous – public, artistes, salariés permanents et intermittents du théâtre – des conditions sanitaires et de sécurité irréprochables.  J’ai entre autres proposé une occupation diurne, qui leur permette de continuer à porter leurs revendications tout en tenant compte du fait que la co-présence du public et la leur dans les mêmes espaces n’était pas envisageable, pour des raisons sanitaires liées à la pandémie. Il nous est par ailleurs strictement interdit de laisser des personnes dormir dans un établissement recevant du public et dépourvu de local destiné au sommeil, pour des raisons tenant à leur propre sécurité. Si nous avons subi cette occupation de nuit pendant plus de deux mois, une telle situation qui engage notre responsabilité pénale ne saurait perdurer à l’heure où le théâtre reprend une vie pleine et entière. Cette proposition d’occupation diurne, qui a été acceptée dans d’autres lieux, a été à son tour rejetée, et un accord sur l’adaptation de l’occupation permettant le retour du public n’a malheureusement pas pu être trouvé. Je prends acte du fait que les conditions ne sont pas réunies pour que la vie du théâtre reprenne avec sérénité, tant pour son personnel que pour le public et les artistes. Je me résigne donc avec une tristesse immense à annuler les représentations de La Ménagerie de verre tant que l’occupation se poursuit »

Du côté de la CGT spectacle, le discours est tout autre. Occupé depuis le 4 mars, l’Odéon catalyse une convergence de luttes qui débordent du champs culturel. Il y a une incompréhension de voir les théâtres toujours occupés alors que deux des grandes revendications ont été acquises : la réouverture des lieux culturels et des droits sociaux. Mais selon la CGT spectacle, ces droits ne sont pas suffisants et c’est le retrait pur et simple de la loi sur l’assurance chômage qui est demandée. Par communiqués, les 40 occupants affirment : 

« La réalité c’est que toutes les solutions que nous, occupant·e·s, avons présentées ont été refusées :
• nous avons proposé la libre circulation du public dans les espaces, sans croisement de flux avec les occupant·e·s, assurant ainsi une sécurité sanitaire tant pour le public, les équipes du théâtre et les occupant·e·s.
• nous nous sommes mis d’accord avec le gérant du bar sur le partage des espaces ce qui lui permet de rouvrir demain.
• nous avons proposé des mesures concrètes pour que le spectacle se déroule sans aucune nuisance sonore, quelles qu’elles soient.
• nous avons déjà mis en œuvre certaines de nos propositions.
La représentation  » générale  » avec un public réduit, ce mardi après-midi, s’est déroulée avec succès de l’avis du public ainsi que de toute l’équipe technique et artistique. »
 
Affaire à suivre donc. Pour le moment, nous ne savons pas, mais nous supposons que le public sera remboursé. Il restera à connaitre le coût financier de l’occupation pour le Théâtre public privés de ses revenus de billetterie pendant huit mois. Nous attendons de connaitre le destin des autres théâtres occupés dont La Criée à Marseille qui à d’ores et déjà reporté son ouverture.

Visuel :© Pierre Lou Quillard

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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