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Bain de campagne vers Brive, chez Beauvoir et Colette

Bain de campagne vers Brive, chez Beauvoir et Colette

27 août 2022 | PAR Sabina Rotbart

Brive est un vrai remède contre la mélancolie. Cette ville qui n’est pas Gaillarde pour rien a su résister à tous les assaillants d’où son nom. De fort caractère, elle offre en ce moment de la Foire de l’élevage de vigoureux plaisirs que des personnalités comme Colette et Beauvoir n’ont pas du tout snobé.

Il serait dommage d’aborder Brive directement, il faut lui tourner autour comme on le ferait avec une amoureuse. Rejoindre peut-être d’abord Uzerche, village niché dans une boucle de la Vézère. C’est un promontoire rocheux hérissé de tours de granit abruptes qui regardent de haut les jardins en terrasse à leur pied. Dessous la rivière ou ce qu’il en reste vibrionne.  L’eau se faufile tant bien que mal butant sur des amphibolites, des roches qui enchâssent des grenats d’une redoutable dureté.

 

Une fausse empoisonneuse

Les tours appartiennent au château de Clédat, une ancienne auberge pour pèlerins vers Compostelle lequel côtoie un lieu nettement moins rustique, l’hôtel Joyet de Maubec, un 4* idéal pour une lune de miel supplémentaire. Le village aux ruelles médiévales garde le souvenir d’un procès qui a défrayé la chronique au XIXème, celui de Marie Capelle, une jeune femme soupçonnée d’avoir empoisonné à l’arsenic son vieux mari très riche… Condamnée, emprisonnée puis innocentée, elle mourut peu après.

Curieusement, ce bourg lilliputien possède une salle de spectacles géante, l’auditorium Sophie Dessus. C’est une ancienne usine de papier transformée (fort bien) par Jean-Michel Wilmotte. Elle abrite un étonnant centre culturel en milieu rural, salle de spectacles souvent gratuits et de qualité ( le 7 septembre un concert de Handpans). La Corrèze est terre bénie des présidents de la République, cela se voit !

 

Le « cher Meyrignac » de Simone de Beauvoir

Tout près d’ici, Simone de Beauvoir passait ses vacances dans la maison de son grand-père, le « cher Meyrignac, un « paradis ». Dans Mémoires d’une jeune fille rangée elle raconte cet endroit où elle venue jusqu’en 1929. L’endroit se visite le dimanche des journées du Patrimoine). On peut y entendre un récit familial sympathique et documenté et visiter accompagné le parc où s’admirent un hêtre Tortuosa, un tulipier de Virginie et un hêtre à feuilles de fougères. Car le grand-père de Simone, fin botaniste, travaillait au Muséum d’Histoire naturelle (www.terresdecorreze.com). De l’ancienne gare d’Uzerche démarre une balade de 5 kilomètres le long de la Vézère, ponctuée d’évocations de l’autrice célèbre qui venait se baigner ici. Dans ce clair sous-bois mêlant hêtres, charmes et châtaigniers l ’ intellectuelle parisienne laissait entrevoir à ses amis philosophes qu’elle n’était pas un pur esprit.  « Dans l’eau verte des pêcheries, dans la houle des prairies, sous les fougères qui coupent, se cachaient des trésors que je brulais de découvrir » raconte-t-elle sans barguigner son attachement aux plaisirs bucoliques.

 

Le jardin de Colette

Une sensualité et un gout de la nature très présents aussi chez une autre femme de tête et de sensualité, Colette, qui vécut tout près, à Varetz à 10 minutes au nord de Brive. On se souvient qu’Henry de Jouvenel, son second mari, homme de lettres et ambassadeur possédait là une maison au milieu d’un immense parc, le fameux Château de Castel Novel transformé en hôtel (castelnovel.com). Juste à côté un grand jardin contemporain, Les jardins de Colette rend hommage à la femme de lettres. Cette femme joyeusement indisciplinée qui s’adonna non seulement à l’écriture de textes joyeusement immoraux audacieux comme Le blé en herbe), au journalisme (récit passionnant du procès Landru) et même au music-Hall.  Colette a fait corps dès son enfance bourguignonne avec la nature, elle qui se levait à trois heures du matin pour se saouler de fraises encore nimbées de rosée, se gorgeait de saveurs, d’odeurs autant que de mots piochés dans la nature. Le jardin illustre en six étapes végétales sa vie, de la Bourgogne natale aux rosiers du Palais-Royal en passant par les osiers typiques de Corrèze tressés ici en forme de cocons (www.les jardinsdecolette.com).

 

Fêtes de bestiaux

Abordons enfin Brive par les collines ondulantes piquées de vaches rousses qui la bordent pour visiter cette ville jamais bégueule où les hôtels particuliers dévoilent sans réticence leurs jardins. S’il n’y a pas de match du Top 14, on rejoint les Halles Georges Brassens ou celles de la place Thiers qui regorgent de fortes gourmandises, cous farcis au foie gras, magrets en croute de noix, moutarde violette et liqueurs alléchantes (www.denoix.com) venues d’une fabrique restée dans son jus où les cuves en cuivre datent du XIXème. Ce week-end il faut assister sans hésiter au festival de l’élevage, une foire aux bestiaux qui rappelle les comices agricoles d’autrefois, avec concours de vaches limousines, tétée des veaux sous la mère, tonte des moutons et…rencontres avec des auteurs choisis par le commissaire général de la Foire du Livre de Brive ! Évidemment tout cela accompagné de force street Food carnée au limousine truck.

 

 

On hésitera peut-être ensuite entre une côte de veau chez Francis, brasserie où se pressent les écrivains lors de la fameuse foire et les plats sophistiqués de la Table d’Olivier, étoilé Michelin.  On évitera de faire l’impasse ensuite le beau musée Labenque. Mais attention, on a vite la nostalgie de cette ville si peu nostalgique, mieux vaut surveiller les occasions d’y revenir, pour l’incroyable foire aux bestiaux des 27, 28 et 29 aout dans la plus pure tradition des comices agricoles, pour la Foire aux livres bien sûr!

        Pour en savoir plus : www.brive-tourisme.com

                                       www.tourismecorreze.com

                                        www.terrresdecorreze.com

©Brigitte Beaudesson, Claurence Leonard, Malika Turin 

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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