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Alors que Notre-Dame de Paris annonce ses premiers plans, le patrimoine en question

Alors que Notre-Dame de Paris annonce ses premiers plans, le patrimoine en question

12 juillet 2022 | PAR Cloe Bouquet

Trois ans après l’incendie traumatique de Notre-Dame de Paris, un projet pour le parvis de la cathédrale a été annoncé par la Mairie de Paris le 27 juin ; par ailleurs, la restauration se poursuit. Jusqu’au 17 juillet, vous pourrez encore la suivre de près en découvrant les métiers d’art du chantier. Pour Stéphane Bern, cela devrait rappeler l’importance du patrimoine religieux dans son intégralité.

Le parvis conçu comme une clairière

Sur quatre candidats, c’est l’équipe du paysagiste bruxellois Bas Smets, déjà connue pour le parc des Ateliers autour de la tour Luma à Arles, qui a été sélectionnée pour réaménager les abords de la cathédrale de Notre-Dame, par le jury composé des représentants de l’Etablissement public chargé de Notre-Dame (EPRNDP) et du Diocèse de Paris et d’Anne Hidalgo. Sans surprise, puisque leur projet consiste notamment à densifier la végétalisation, ce qui va dans le sens de la politique écologique que souhaite porter la Maire de Paris.

En prévision des fortes chaleurs, des arbres seront disposés et plantés (131 nouveaux) en couloirs autour du parvis. « La surface de végétalisation sera augmentée de 36 % », affirme la mairie de Paris. « Un dispositif technique facilitant le ruissellement de l’eau sur le parvis offrira même un îlot de fraîcheur aux visiteurs. » (Source : franceinfo culture)

« Notre-Dame de Paris, l’exposition augmentée »

Du 7 avril au 17 juillet 2022 au Collège des Bernardins, une exposition immersive vous fait découvrir les métiers d’art du chantier en même temps que l’histoire de la cathédrale et son chantier actuel de restauration, après la phase de sécurisation. Cette expérience est à l’initiative de la start-up française Histovery en collaboration avec l’établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris et avec le mécénat exclusif de l’Oréal. Facteurs d’orgue, maçons-tailleurs de pierre, maîtres verrier, restaurateurs de peintures murales, de peintures de chevalet et de sculptures ont participé à la reconstruction de Notre-Dame. Son orgue est le plus grand de France (8000 tuyaux et 115 jeux). Epargné par l’incendie, il avait toutefois souffert des poussières de plomb soulevées lors de l’effondrement de la voûte. Après la restauration de ses pièces dans trois régions différentes (Vaucluse, Hérault et Corrèze), son harmonisation prendra six mois.

Les peintures murales des 24 chapelles de la cathédrale, quant à elles, bénéficieront pour la première fois de l’histoire de Notre-Dame d’une restauration complète. Lors de la réouverture de la cathédrale le 16 avril 2024, vous pourrez y retrouver ses 22 tableaux des XVIIe et XVIIIe siècles également entièrement restaurés, dont 13 ont été offerts à la Vierge Marie par la Confrérie des Orfèvres entre 1630 et 1707, les « Mays ».

La question du budget

Pour le parvis, la ville de Paris débloque 50 millions d’euros qui permettront de le rendre accessible aux visiteurs au deuxième semestre de 2024, en même temps que la fin de chantier de la cathédrale. Sa reconstruction bénéficie depuis 2019 d’une convention de financement entre le ministère de la Culture et la Fondation du patrimoine pour encadrer le versement des dons collectés.

Des moyens financiers nécessaires qui ne sont pas toujours déployés par l’Etat pour le reste du patrimoine religieux. Fin juin, Stéphane Bern le déplorait à la commission de la culture du Sénat, qui estime à 2 ou 3% le nombre d’édifices religieux abandonnés (Source : Le Figaro). Ceux-ci représentent « 30% des dossiers » examinés par la « mission Stéphane Bern », confiée à l’animateur par Emmanuel Macron en 2017. « Les lieux de culte sont aussi des lieux de culture qui accueillent des œuvres d’art, du mobilier et des registres », a-t-il précisé. Stéphane Bern continue d’alerter sur l’état d’abandon de « petites églises de campagnes » dont la restauration ne peut être assumée financièrement par les communes, raison pour laquelle il se place en faveur d’une répartition différente des « compétences » à différentes échelles (communale, départementale, régionale) et d’un « fonds commun » consacré à ce patrimoine. Pour le sauver, il faut déjà avoir conscience de son existence : Stéphane Bern sollicite pour cela la mise en place d’un « inventaire complet » et « un répertoire du patrimoine religieux non protégé », ainsi que des droits d’entrée dans les cathédrales, « pratique généralisée en Italie ». Il évoque également l’organisation de concerts dans les églises, qui certes « suppose de tordre quelque peu le bras au clergé affectataire »,  « mais depuis 1905 », rappelle-t-il, « plus de 250 églises ont été désacralisées. Ce patrimoine religieux est notre histoire, que l’on soit croyant ou qu’on ne le soit pas. »

Selon lui, les enjeux de la conservation de ce patrimoine sont donc culturels et historiques, mais également républicains : la différence de dotations entre les monuments parisiens et ceux extérieurs à la grande couronne est en effet révélatrice d’une injustice géographique plus globale dans notre pays.

Visuel : Restauratrice de peinture de chevalet à l’œuvre sur l’un des treize Mays (crédit : © Arcanes)

 

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Cloe Bouquet

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