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Cannes 2012 : Wakamatsu, un certain regard sur le Japon

Cannes 2012 : Wakamatsu, un certain regard sur le Japon

09 May 2012 | PAR Yaël Hirsch

A l’honneur l’an dernier à travers une rétrospective à la Cinémathèque Française, Koji Wakamatsu quitte pour un temps les groupes extrémistes de gauche japonais pour proposer un film très attendu sur le suicide du grand écrivain japonais Yukio Mishima. “25 Novembre 1970, le Jour où Mishima a choisi son destin” est sélectionné à ce 65e festival de Cannes dans la section”Un certain Regard” et couronne un très grand cinéaste, qui a plus de 100 films à son actif.

Ancien Yakuza, ayant fait de la prison pour ses activités illégales, Koji Wakamatsu s’est fait connaître pour ses films érotiques dans un japon des années 1960 qui tentait de contrer les effets de la télévision et d’attirer le public en salle avec des films olé olé, “pinku eiga”.

L’occident le découvre au Festival de Cannes en 1971, avec la projection de deux films à la fois sublimes et glaçants. “Les anges violés” (1969) s’inspire d’un fait divers ayant eu lieu à Chicago et met en scène un homme surprenant s’immisçant dans un dortoir d’infirmières et devient fou de viol et de violence. “Sex Jack” met en scène un groupe d’étudiants révolutionnaires traqués par les autorités et forcés de se réfugier dans un petit appartement. Un petit criminel les rejoint dans leur planque, les aide à la survie quotidienne, mais refuse de participer aux grands ébats révolutionnaires qui occupent les camarades désœuvrés. A travers ces deux œuvres, la première esthétisante, à la limite du surréalisme et portée par la musique, la deuxième ouvertement philosophique sur la révolution et la récupération des protestations les plus violentes sur le pouvoir, Wakamatsu met le sexe au service d’une réflexion sur l’engagement politique. Plus individualiste et anarchiste que convaincu par l’adhésion à un groupe dont le combat est voué à la récupération par l’institution, le cinéaste montre des corps nus et des ébats de robots pour mieux dénoncer un système qu’il abhorre. Le travail de l’archive au début de chacun de ces films est à couper le souffle, et les économies de budget l’obligent à un usage minutieux et réduit de la couleur qui crève l’écran au milieu du film, avec une violence et une précision qui redoublent celle des plans et du propos.

Producteur et scénariste de “L’empire de sens” avec Nagisa Oshima (1976), il doit mettre une sourdine sur sa production car il est dans l’œil de mire des autorités nippones. Ce qui ne l’empêche pas de fêter son 100e film lors”Le Soldat de Dieu” (2010 remporte l’ours d’argent de la meilleure actrice à la Berlinale. Deux ans plus tôt, le film fleuve sur les brigades rouges japonaises “United Red Army” (2008), également récompensé à Berlin, prouvait que le réalisateur continuait de creuser avec habileté le sillon historique et politique des thèmes qui lui sont chers. Interrogeant le suicide rituel (sepuku) du grand écrivain japonais Yukio Mishima (“Les confessions d’un masque”, “Les amours interdites” …), “25 Novembre 1970, le Jour où Mishima a choisi son destin” est un des grands films attendus à Cannes, cette année.

Koji Wakamatsu, “25 Novembre 1970, le Jour où Mishima a choisi son destin”, Avec Arata Iura, Shinnosuko Mitsushima, Shinobu Terajima, Soran Tamoto, sélection officielle Cannes 2012, “Un certain regard”, peojection le vendredi 25 mai 2012.

La majeure partie des films de K?ji Wakamatsu est disponible en dvd aux éditions blaq out. Les copies sont restaurées, et souvent introduites par des spécialistes du cinéma japonais ou de grands réalisateurs que Wakamatsu a inspirés, comme par exemple Gaspard Noé pour “Sex Jack”.

3 coffrets sont disponibles (45 euros/ coffret)
Volume 1 : LES SECRETS DERRIERE LE MUR (1965) / QUAND L’EMBRYON PART BRACONNER (1966)/ LES ANGES VIOLES (1967) / VA VA VIERGE POUR LA DEUXIEME FOIS (1969)
Volume 2 : LA SAISON DE LA TERREUR (1969) / RUNNING IN MADNESS, DYING IN LOVE (1969) / SEX JACK (1970) / L’EXTASE DES ANGES (1972)
Volume 3 : NAKED BULLET (1969) / LA VIERGE VIOLENTE (1969) / VIOLENCE SANS RAISON (1969) / SHINJUKU MAD (1970) : Suite à l’assassinat de son fils par un gang du quartier de Shinjuku à Tokyo, un homme part à la recherche des meurtriers pour se rendre justice. Il finit par retrouver le chef du gang, surnommé “Shinjuku Mad”.

+ UNITED RED ARMY (2008)
+ LE SOLDAT DIEU (2010)

visuel : “25 Novembre 1970, le Jour où Mishima a choisi son destin” (c) Wild Bunch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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