Redécouvrir La Boétie à Sarlat

14 janvier 2016 Par Sabina Rotbart | 0 commentaires

Ecrit à 18 ans, le Discours de la servitude volontaire n’a rien perdu de sa vigueur. Il peut nous soutenir ces temps-ci pour éviter l’emprise et la soumission à un maître, sinistre tyran auto-proclamé. C’est évidemment l’ouvrage à emporter pour assister à la Fête de la truffe qui se donne à Sarlat le week-end des 15-17 janvier.  Pour nourrir son corps et son esprit.

maison la boetie

 

S’il ne reste presque rien à Sarlat d’Etienne de la Boétie, à part sa maison, sa pensée, elle, y reste vivante et c’est bien l’essentiel. Partir relire ces temps-ci son livre dans cette ravissante petite ville médiévale, voilà qui devrait être une vigoureuse sinécure. D’autant que les plaisirs du goût et une réelle convivialité règnent dans ce pays gascon.

La très jolie maison de la Boétie  (1520  tout de même), ne se visite pas mais vous rencontrerez peut-être dans la ville quelque érudit qui vous parlera des Rencontres éponymes qui s’organisent là tous les deux ans. Comme un ex-libraire passant par là qui rappelle que ce fut le seul auteur du XVIème à être interdit par les nazis ! Ces rencontres rassemblent des spécialistes de littérature Renaissance et de sciences politiques venus de l’Europe entière, pour des débats non poussiéreux mais qui ont  valeur d’actualité. On y pense sur l’emprise, la résistance, mais aussi sur le style de la Boétie, cette fiction d’ oralité, d’un discours  qui serait «  naturel ». La Boétie, toujours actuel, d’ailleurs, le Discours a été traduit en 2015 en Kabyle, en arabe dialectal algérien et aussi par Moustapha Safouan, en arabe classique.

  Cette Fête de la truffe n’a rien d’une manifestation folklorique (rappelons que le folklore est une invention du XIXème), elle s’inspire plutôt d’une foire de village, d’un comice agricole comme on dit par ici,  car les touristes y sont rares ; seuls y viennent, joyeux, les gens de la région. Ils accourent se fournir en janvier, au moment de la récolte, en tubercule parfumé dont 100 kilos s’échangent durant ce week-end entre producteurs et bons vivants. Ils viennent aussi en profiter pour se délecter sur place car un peu comme dans les concours de tapas de Saint Sébastien en Espagne, les bonnes tables du coin créent des croque-en-bouches et font des variations autour des produits phares, le foie gras et la truffe. C’est le bon moment pour venir à Sarlat, cela  évite de croiser la foule qui l’été envahit la ville (2 millions de visiteurs tout de même chaque année). Au contraire, on croise des papis parlant avec cet accent délicieusement rocailleux du Périgord. Ils entament facilement un brin de causette et vous pouvez parler de tout avec eux, des nouveaux hamburgers au foie gras goûtés sur la place et du mot « street food » qu’ils viennent de découvrir (car la réalité ils la connaissent déjà). En les cuisinant un peu, ils devraient même livrer leurs secrets pour planter des chênes truffiers dans votre (hypothétique) jardin.  

  Revenons à nos fourneaux. A Sarlat, ce week-end là, on découvre en pleine rue, tout près du marché, la diversité des croustous, ces tapas périgourdins, bien installé autour du  cul d’une barrique. Adultes et enfants apprennent  à cuisiner le foie gras, d’autres plus nombreux le goûtent. Bien sûr il y a des concours. Celui qui a la plus grosse truffe, celui qui cuisine le mieux le foie de canard et la truffe, produits emblématiques de l’endroit. On croisez un bouquet de chefs super étoilés en goguette. Car une grande firme de foie gras, Rougié, et une conserverie de truffes  ont trouvé là l’occasion de faire connaître leurs produits aux chefs français, lesquels visiblement adorent se retrouver ensemble à la campagne. On croise là Robuchon, Roth,  les jeunes gloires et les élèves des écoles hôtelières, tout rougissants, qui concourent pour gagner des stages chez eux. Un autre challenge, très sportif celui-là, place les  étoilés Michelin au fourneau, directement sous le regard du public.  Le public adore car certains dans la foule sont choisis pour venir seconder les gloires de la gastronomie, quand d’autres gagnent les assiettes bien dressées. Le tout reste bon enfant malgré la scénarisation télévisuelle.2F8B4862 (1)

  A Sarlat, il faut aussi voir comment Jean Nouvel a réaménagé le vieux marché couvert, le dotant de portes de noir métal,  immenses comme un tableau de Soulages. Et l’ascenseur panoramique tout en verre qui vous hisse par dessus les toits de lauze. Deux réussites architecturales contemporaines dans ce qui fut un des plus anciens quartiers sauvegardés du pays.

Sabina Rotbart

Où loger ? A l’hôtel de la madeleine, pour son charme, 102 euros la chambre.

Où déjeuner ? En pleine rue, au milieu de la Fête, avec un verre de Bergerac. Croquez les inventions du jour préparés par les meilleures tables du coin,  hamburger au foie gras, tout petit,sublime… omelette aux truffes, sushi au foie gras… Tout cela pour presque rien, 4 euros à peu près.

Comment venir ? Avec le train de Paris-Austerlitz jusqu’à Souillac, là, prendre une voiture de location.

Prochaines Rencontres internationales des amis de la Boétie: 16-18 novembre 2016. Renseignements auprès de frederic.inizan@wanadoo.fr

Pour en savoir plus:

www. ac-foiegras-truffe.com

Et Office de tourisme de Sarlat –Périgord noir: 05.53.31.45.45

 


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: