Le Muséoparc d’Alésia fête ses cinq ans !

10 mai 2017 Par
Magali Sautreuil
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Le Muséoparc d’Alésia, lieu vivant et dynamique, fête cette année ses cinq ans d’existence. Quelques mois avant cet heureux événement, Michel Rouger a pris ses fonctions de directeur à la tête de l’établissement. Le moment est donc propice pour dresser le bilan de ce complexe archéologique et muséal quelque peu singulier et de nous interroger sur ses perspectives d’avenir.

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Que s’est-il donc passé de si important à Alésia pour lui consacrer un telle structure ?

Après six années passées à guerroyer pour conquérir l’ensemble des Gaules, César est las et cela se ressent. Ses troupes, exsangues, sont repoussées à Gergovie en 52 avant J.C., vers la fin de l’été. Dans une Gaule qui leur est particulièrement hostile, elles battent en retraite et tentent de se rassembler, entre la Loire et l’Yonne. Sûr de ses hommes et de sa cavalerie, Vercingétorix essaie de leur porter le coup de grâce. Mais, en sous-estimant l’armée romaine, qui compte également dans ses rangs des milliers d’excellents cavaliers germains, il commet une grave erreur, dont il se repentira bientôt. César, fin stratège aux nombreuses victoires, profite en effet de son imprudence pour le forcer à se replier sur l’oppidum d’Alésia.

Un oppidum est une place forte située en hauteur. Celui d’Alésia s’étendrait sur près de 97 hectares, au sommet du Mont-Auxois, dans le département de la Côte-d’Or, au sein de la région Bourgogne-Franche-Comté. Il s’agirait donc d’une des plus vastes oppida de toute la Gaule.

Son emplacement a longtemps et fait toujours l’objet de polémique. D’après le septième livre de la «Guerre des Gaules» de Jules César, « la place d’Alésia proprement dite était au sommet d’une colline escarpée, en sorte qu’elle apparaissait comme inexpugnable autrement que par un blocus. Le pied de cette colline était baigné de deux côtés par deux cours d’eau. En avant de cette place, une plaine s’étendait sur une longueur d’environ trois mille pas. De tous les autres côtés, des hauteurs peu distantes de la place et de même altitude l’entouraient. » Cette description correspond bien à l’actuelle Alise-Sainte-Reine, qui située à une soixantaine de kms au Nord-Ouest de Dijon, entre l’Yonne et la Loire, sur le Mont-Auxois. D’autres indices abondent également en ce sens. Le matériel archéologique retrouvé en fouilles comprend restes humains, alimentaires, vestiges d’habitations et de sanctuaires, 149 monnaies romaines, 731 monnaies gauloises, dont deux à l’effigie de Vercingétorix, des inscriptions mentionnant le nom d’Alésia, ainsi que le plus grand arsenal militaire gaulois et romain jamais retrouvé pour la période !

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Inscription retrouvée in situ mentionnant Alésia

L’ampleur de celui-ci atteste qu’un événement militaire important a dû avoir lieu dans les environs. Même s’il ne reste presque plus rien en surface, le sol regorge de précieux indices aujourd’hui enfouis. Selon Jules César, les troupes de Vercingétorix auraient compter environ 80000 hommes, auxquelles s’ajouteraient les quelques 240000 fantassins et 8000 cavaliers de son armée de secours. Quant à l’armée romaine, elle aurait été composée de 40/45000 soldats, regroupés en 10/12 légions, et aurait également bénéficiée du soutien de milliers de cavaliers germains et aides de camp. Tout ce monde, concentré au même endroit, pendant toute la durée des opérations, a forcément laissé de nombreuses traces de son passage (détritus…), et ce d’autant plus que le siège d’Alésia a probablement duré entre un mois et demi et trois mois.

Pendant ce laps de temps, Gaulois et Romains se sont livrés plusieurs batailles, sept au total. Toutes se sont soldées par un échec côté gaulois. Il faut bien avouer que lors d’un siège, face aux pénuries grandissantes et à une situation qui s’enlise, il est difficile de maintenir la cohésion des troupes au sein de son camp, ainsi que l’espoir qu’elles ont placé dans leur chef.

Il ne faut pas non plus oublier que Jules César est un fin stratège, rompu à ce genre de manœuvre. En seulement quelques semaines, il fait ériger plusieurs campements, 1500 tours en bois, deux lignes de fortifications, dotées de nombreux pièges très élaborés, de manière à ce que les hommes de Vercingétorix et l’armée de secours gauloise ne puissent faire jonction et unir leurs forces contre lui. Le dispositif comprend une première ligne de défense, la contrevallation, longue de 15 km, pour encercler les Gaulois réfugiés dans l’oppidum, et une seconde ligne de défense sur 21 km de long, la circonvallation, pour empêcher toute attaque gauloise par l’extérieur. Ces lignes de défense s’appuient sur les formes du relief et les matériaux proches sont exploités pour la construction (terre, mottes de gazon, lozes (pierres sèches) et bois). L’effort logistique et humain est considérable ! L’épuisement physique des hommes de Jules César a probablement été compensé par l’affaiblissement psychologique de ceux de Vercingétorix, sans parler de la nourriture qui venait à manquer dans les deux camps !

Arriva alors ce qui devait arriver. Sentant la victoire lui échappait, Vercingétorix préféra se rendre à Jules César, plutôt que de sacrifier davantage de ses hommes. Le vieux général romain ordonna alors qu’on lui remit les armes, qu’on lui amena les chefs des cités. Installé sur son siège, devant son propre camp, il se fit amener les dits chefs, dont Vercingétorix. On jeta alors les armes. Vercingétorix est ensuite emmené à Rome, pour être exhibé, avant d’être exécuté, six ans plus tard, comme trophée de guerre lors du triomphe de César, triomphe éphémère puisque ce dernier sera assassiné deux ans après, par son fils Brutus, de 23 coups de poignards.

Suite à la défaite des Gaulois, l’oppidum n’est pas abandonné pour autant. Occupé depuis 80 avant J.C. de façon quasi permanente, il continue de l’être. Une ville gallo-romaine s’y développe et prospère grâce à l’activité de ses maîtres bronziers. Les fouilles archéologiques ont mis au jour un complexe monumental religieux conséquent, au lieu-dit de la Croix-Saint-Charles, à l’extrémité Est du plateau.

C’est probablement en raison de son rôle religieux que le site d’Alésia n’a pas été délaissé une fois les Gaulois vaincus. Comme souvent en France, ce site païen est ensuite devenu un lieu de pèlerinage chrétien important. Il prit alors le nom de sa martyre, sainte Reine. Rebaptisée Alise-Sainte-Reine, la nouvelle Alésia devient ainsi un symbole de la chrétienté. Les reliques de la martyre qui avait refusé d’épouser le général romain Olibrius sont aujourd’hui conservées à Flavigny, tandis qu’une eau « miraculeuse » jaillit de la fontaine située face à l’église, dans le centre d’Alise-Sainte-Reine.

Un centre d’interprétation, pour quoi faire ?

Cette riche histoire est longtemps resté plus ou moins ignorée. Pour comprendre le site, il faut en effet posséder quelques clés de lecture. C’est ainsi qu’est né le projet culturel du Muséoparc d’Alésia, initié par le Conseil général de Côte-d’Or. Le 26 mars 2012 fut inauguré le premier maillon de ce projet : le centre d’interprétation. Situé à proximité de ce dernier dans la plaine d’Alésia, côté romain, toujours dans l’optique de mieux comprendre l’histoire du site, des fortifications romaines grandeur nature ont été reconstituées, une première en France. En pendant à ce dispositif, se trouvent, sur l’oppidum d’Alésia, côté gaulois, les vestiges archéologiques du village gaulois, ainsi que la statue de Vercingétorix de Millet. D’ici 4/5 ans, le musée archéologique d’Alise-Sainte-Reine, fermé depuis 2002, devrait venir compléter l’ensemble et ainsi permettre la création d’un parcours découverte global de tout le site.

Lieu vivant et dynamique, axé sur le partage et la connaissance, le Muséoparc d’Alésia nous fait revivre l’histoire d’un territoire. Ancrer dans son environnement, il souhaite renforcer ses partenariats et ses collaborations avec les acteurs locaux (écoles, universités (programme d’étude et de recherche), associations, offices de tourisme…). Son objectif est de donner aux visiteurs des clés de lecture qui lui permettent de comprendre le site sur lequel ils se trouvent.

Le centre d’interprétation sert à merveille les ambitions du Muséoparc. Conçu par l’architecte Bernard Tschumi, il se présente sous la forme d’un bâtiment circulaire de 52 m de diamètre, rappelant l’encerclement des Gaulois par les Romains. Quant à ses dimensions, elles renvoient à la date du siège, de la bataille et de la défaite d’Alésia, qui eurent lieu en 52 avant J.C.

Le bâtiment s’intègre parfaitement dans son environnement. Son habillage en bois évoque le matériau utilisé par les Romains pour bâtir leurs fortifications.

La coque et l’intérieur du bâtiment sont en béton, agrémentés de colonnes biaisées. Le mouvement impulsé par ces dernières participe au dynamisme de l’architecture. Cette volonté de créer une dynamique vise à rendre compte du côté éphémère du site et de l’année transitoire que représente la date de 52 avant J.C. dans l’Histoire de France.

Une immense baie vitrée ceint l’édifice sur tout son pourtour. Cela permet une ouverture à 360° sur le site et de conserver un lien avec ce dernier. Toujours dans l’idée de valoriser l’histoire du lieu, un toit-terrasse végétalisé vient couronner l’ensemble. Il offre une vue panoramique d’ensemble de l’endroit où Gaulois et Romains se sont affrontés.

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Vue extérieure du centre d’interprétation du Muséoparc d’Alésia

Afin de permettre une découverte tout aussi dynamique du site que son architecture le suggère, le centre d’interprétation s’est doté d’une scénographie interactive combinant objets archéologiques, reconstitutions d’armes, dioramas, maquettes, sculptures, productions audiovisuelles et bornes interactives. Volonté de faire évoluer la scénographie existante en incluant davantage de numérique.

Tout commence avec la « Guerre des Gaules » de Jules César, le texte de référence pour cette période. Il n’existe aucun équivalent chez ses adversaires. Il convient cependant d’adopter une lecture critique de cet ouvrage, puisqu’il n’offre qu’un seul point de vue : celui du vainqueur et de l’envahisseur !

Une fois le septième livre de Jules César consacré à l’année 52 avant J.C. ouvert, le visiteur peut se lancer à la découverte d’Alésia et s’infiltrer sur le champ de bataille.

Dans la galerie des combats, vous vous retrouverez pris en étau entre soldats Gaulois et Romains. Première surprise : les armées gauloises et romaines sont équipées à peu près de la même façon. Les Gaulois se distinguent néanmoins des Romains par leurs braies et leurs chaussures, ainsi que grâce à un code couleur mis en place par le Muséoparc et que l’on retrouve tout au long du parcours: Les Gaulois sont en bleu et les Romains en rouge.

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Galerie des combats, parcours permanent du centre d’interprétation

­Comme le suggère l’équipement des armées gauloises et romaines, vous avez sans doute deviné que les différences entre les deux peuples ne sont pas aussi marquées que ce que l’imaginaire populaire nous laisse croire. Pour vous éclairer, un diorama consacré à Alésia vous révélera donc les conditions de vie des Romains et des Gaulois, ainsi que les échanges économiques, culturels et artistiques qu’ils ont noués ensemble.

L’accent est ensuite mis sur la Guerre des Gaules, les conquêtes de César et ses mouvements de troupes stoppés dans leur élan par les trêves hivernales. Vous apprendrez à lire le paysage et finirez par déchiffrez ces fameux mouvements de troupes, étape par étape, autour de vous. Des visionneuses, orientées vers l’extérieur, vous permettront de remonter le temps et de vous représenter le champ de bataille. Vers la fin du parcours, les deux camps et leurs équipements sont présentés en miroir, séparés par une frise. Des bornes tactiles permettent de revenir sur certains éléments de cette dernière. Les machines de guerre utilisées pendant leurs affrontements ont été reconstituées grandeur nature. On peut les voir à l’œuvre dans le court-métrage de 18 minutes diffusé en continu : « Le rêve d’un roi nu ».

Des démonstrations de combats gallo-romains participent à la compréhension des affrontements et à l’animation du lieu. D’une trentaine de minutes, ils ont lieu d’avril à septembre, tous les jours, à 11h, 14h et 16h et, en juillet-août, aussi à 17h30, soit à l’intérieur du centre d’interprétation, soit en extérieur, près des fortifications romaines.

Outre l’évocation de la bataille d’Alésia, trois personnages, qui ont marqué l’histoire du site, sont également mis en avant : Jules César, à travers le récit duquel on le découvre, son adversaire, Vercingétorix, et Napoléon III, qui a organisé les premières fouilles sur le site.

On commence le parcours avec la figure de Jules César, puis, au détour d’une vitrine, une statue de Vercingétorix grandeur nature nous interpelle : Mais qui est réellement cet homme, dont la légende nous est parvenue ? Ce chef gaulois est un jeune homme que César qualifie d’« adulescens », ce qui, pour un Romain, signifie qu’il a moins de trente ans et qu’il n’a pas encore exercé de mandat politique. Vercingétorix parvient à coaliser autour de lui de nombreux peuples gaulois. Selon le septième livre de la « Guerre des Gaules », « à l’unanimité, on lui confère le commandement suprême ». Malgré sa jeunesse et son inexpérience, César le décrit comme un homme impitoyable, mais droit et compréhensif. Réalité ou manière de valoriser sa propre victoire, nul ne peut dire. Mais Vercingétorix n’est peut-être pas aussi ingénu en matière de politique qu’il n’y paraît. « Fils de Celtillos, Arverne, ce jeune homme  « comptait » parmi les plus puissants du pays ». Son « père avait eu l’empire de la Gaule et avait été tué par ses compatriotes parce qu’il aspirait à la royauté ». Le moment venu, Vercingétorix n’aurait eu aucune peine à exhorter « ses compatriotes à prendre les armes pour la liberté de la Gaule. » Malgré tout, il ne put l’emporter sur les troupes de Jules César.

Le parcours se termine sur la figure de Napoléon III, l’Empereur à l’origine des premières fouilles archéologiques sur le site d’Alise-Sainte-Reine, entre 1861 et 1865. Celles-ci visaient à découvrir les origines de la France, ses racines, d’où la polémique qui s’en suivit sur la localisation réelle d’Alésia.

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Carte des villes candidates pour être Alésia

Afin de commémorer la fin et le succès de ces fouilles, Napoléon III commanda à Aimé Millet, une statue en bronze de Vercingétorix, « père et héros de la patrie », modèle de bravoure et de sagesse. Celle-ci fut érigée en 1865, à l’Ouest du Mont-Auxois, là où l’oppidum domine le champ de bataille d’Alésia. Cette représentation légendaire de Vercingétorix se retrouve dans nombre de nos manuels scolaires.

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Outre la richesse de ce parcours, le Muséoparc dispose d’une ludothèque pour éveiller les enfants âgés de 3 à 8 ans aux thématiques du site.

Quelque soit votre âge, vous aurez matière à découvrir tout en vous amusant ! Et pour fêter ses cinq années d’existence, les animations ne manquent pas !

Informations pratiques :

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Visuels © Muséoparc d’Alésia


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