Saint Valentin : La chair entre dentelle et mohair

31 janvier 2018 Par
Pulcherry Von Ober
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Quand elle était petite, elle jouait avec les tissus. Puis, lorsqu’ elle a grandi, elle s’est plu à errer dans les métiers qui fabriquent  la dentelle. Observer les fils s’agiter, les machines beugler, mais surtout, elle était fascinée : comment de tels monstres de mécanique parvenaient  à créer cette dentelle si fragile, si belle, si raffinée ?  Décidément, cet univers la fascinait.

Aujourd’hui, Diane MARTIN est une femme qui a créé sa propre marque de lingerie française «  L’Ingénieuse Paris »  où dentelle et mohair se mêlent.

Rencontre

portrait-dianePourquoi avoir choisi ce nom « Ingénieuse Paris » ?
« L’ingénieuse » c’est la lingerie… mais pas que, le pull aussi. C’est la femme qui ose une proposition de style plus singulière, une femme active, indépendante mais aussi attachée à la technique et aux savoir-faire. « Paris » c’est là où je pense et élabore mes collections et de là où émergent mes idées ainsi que mon univers.

Vous créez  de la lingerie mais également des pulls, parce que ses « pièces forment des ensembles » ? Pourquoi ?
Pour l’association paradoxale et également, pour le jeu des textures et des matières. Des pièces qui contrastent mais qui se complètent. L’idée des dessus dessous, c’est de pouvoir faire cohabiter  la lingerie dans ce qu’elle a de plus intime avec le pull très douillet qui est plus une pièce extérieure, visible pour former un cocon très rassurant. Métaphoriquement, c’est un peu le papillon qui sort de sa chrysalide.

bodys-sur-cintresLe body est la pièce phare de vos collections. Comment l’expliquez-vous ?
Il est comme une seconde peau, dans des matières très souples et élastiques, il habille le corps en légèreté. Il est presque comme une carte du corps, qui en suit les lignes, dévoile le creux des reins, souligne la taille. Le body, c’est aussi un produit qui permet l’expression du corps comme on peut le voir dans la danse, le patinage artistique … Il offre une grande mobilité et sublime les courbes du corps en mouvement.

Pas d’agressions pour la peau : vos pièces bénéficient de la norme 100 by OEKO-Tex. Pourquoi y êtes-vous attachée ?
Comme on peut le constater ces dernières années, de nombreux scandales ont explosé dans le domaine du textile : des produits chimiques dangereux trouvés dans des vêtements fabriqués en Chine ou au Bangladesh comme des perturbateurs endocriniens, des agents cancérigènes … Les consommateurs se retrouvent souvent un peu déstabilisés et ont besoin de retrouver des repères et une certaine confiance dans les produits qu’ils achètent car de nombreuses teintures textiles sont nocives pour le corps et pour l’environnement. Plus le contact d’un produit avec la peau est intensif et plus la peau y est sensible. Avoir des textiles Oeko Tex dans ma collection c’est tout d’abord avoir conscience des problèmes sanitaires dans l’industrie du textile et vouloir faire en sorte que les choses changent. Cela fait partie aussi de la notion de bien-être et de cocooning que je mets en avant dans mon univers.

pull-swann-seleniteTous vos pulls sont tricotés mains, en souvenir de votre grand-mère ?
Oui, mes grand-mères tricotaient toutes les deux, l’une le faisait en cachette (elle détestait le cliché de la grand-mère qui tricote). Cela m’a toujours impressionnée : un fil, deux aiguilles et surtout une rapidité presque mécanique. Partir de si peu et réussir à faire des volumes, des reliefs, des ajourés. Pour moi, le savoir-faire, les techniques ancestrales ont une très grande valeur : ce sont des choses qui peuvent se perdre (car très concurrencées par les nouvelles technologies) mais qui font parties de notre culture et de nos traditions. Il est important que ceux qui sachent, transmettent leurs savoirs et, qu’en quelque sorte, le relais soit passé à la génération suivante.

Quelle place occupe la lingerie dans notre société actuelle selon vous ?
Elle se chuchote, elle s’imagine, elle est discrète mais elle est omniprésente. La lingerie c’est un peu comme le  jardin secret, le mystère de la femme, cela fait partie du jeu de séduction. Il y a une facette qui reste très onirique dans la lingerie. Dans « Au bonheur des dames«  d’Emilie Zola  , il décrit avec précision la sensation du corps qui se libère de son cocon, toutes leurs couches de vêtements dans des textiles différents (toile, nansouk, dentelles), « la mer montante de jupons, dans laquelle les jambes se noyaient » jusqu’à dévoiler le « satin nu de leur peau ».
La lingerie de ces femmes dévoile leur intimité, « l’étirement des matinées paresseuses » ou le « lendemain des soirs de tendresse ».

La lingerie est  aussi une question de mode et de mœurs, la lingerie évolue avec la société en raccord avec le mode de vie des femmes. Le corset très contraignant dans les années 1900 avec la silhouette en S, l’apparition de la ceinture élastique avec Paul Poiret et la robe empire dans les années 1910. Puis,  dans les années 20 le soutien-gorge aplatit les formes avec la mode à la garçonne, le string dans les années 80 sous les robes moulantes des « wonderwomen », dans les années 90 les sous-vêtements se veulent invisibles en microfibre, avec des coutures invisibles et des couleurs nudes.  Aujourd’hui la société prône l’acceptation de la réalité du corps avec l’apparition de modèles plus size, la loi sur les photos où l’apparence corporelle est modifiée par Photoshop, les réseaux sociaux où les célébrités se montrent au naturel dans leur intimité. Les femmes recherchent de plus en plus à allier confort et style avec des soutiens-gorge sans armature, des culottes avec le moins de coutures possibles, de belles matières et des coupes plus épurées.

imagesQuel regard portez-vous sur le corps de la femme, de l’homme ? D’ailleurs, la lingerie pour homme, tentée de réaliser des créations ?
De mon point de vue, le corps de la femme est un jeu de courbes et de couleurs, de volumes et de creux, d’ombres et de lumières qui constituent son identité propre. J’ai suivi des cours de dessin où notamment j’ai pu travailler le modèle vivant pendant plusieurs années, le corps féminin ou masculin est unique à chacun et révèle de sa personnalité ainsi que de son patrimoine génétique. Le corps est aussi un symbole de la vie, il n’est pas inerte : il grandit, se transforme, vieillit aussi… C’est  un moyen d’expression, on peut modifier son apparence par le sport, la chirurgie esthétique, les tatouages. Je n’envisage pas encore la création de lingerie pour homme, j’ai encore beaucoup de choses à explorer dans l’univers de la lingerie féminine mais peut-être que je m’y risquerai dans quelques années.

Quelle est votre matière préférée ?
Définitivement, la dentelle. J’aime à la fois son graphisme et sa finesse comme un tatouage éphémère sur la peau, ses motifs dévoilés par la densité ou l’absence de fil. C’est un textile très hypnotique quand l’on regarde la lumière traverser ses nombreux ajourés.

Quels conseils donneriez-vous aux hommes, aux femmes, concernant le choix d’une pièce de lingerie ?
Surtout de fonctionner au coup de cœur car il est vrai que l’on se sent plus à l’aise dans de la lingerie qu’on aime, qui correspond à notre personnalité. Mais il est aussi important de savoir quels effets l’on recherche (naturel, volume, couvrance…) pour trouver la pièce de lingerie adéquate. Pour ma part, je suis très regardante quant à  la provenance des produits et de leur composition, le « Made in France » est un gage de qualité !