La mode à Cannes: quand les réseaux sociaux redonnent espoir

20 mai 2016 Par Araso | 0 commentaires

Tandis que la mode est en pleine réflexion sur elle-même et traverse une crise de sens, le festival de Cannes est comme chaque année au rendez-vous des strass et diamants sur tapis rouge. Scrutée sur les réseaux sociaux, dans des prises de paroles démultipliées (par les stars elles-mêmes, les magazines et maintenant les stylistes de célébrités de plus en plus suivies), la mode à Cannes n’échappe pas à cette remise en question générale qui laisse espérer un renouveau sémantique dans la fashion sphère. Beyoncé milite et désormais, quiconque prend la parole doit faire sens, et ce qu’ils/elles ont à déclarer se doit d’être bien ancré dans une réalité économique, politique, écologique et sociétale. Rien que ça.

Sorti fin Avril, « Lemonade », le film musical de Beyoncé jette un premier pavé dans la marre. Connue pour ses clips très sexualisés à grand renfort de strings apparents, de décolletés pigeonnants et de déhanchements plus que suggestifs sur paroles au contenu explicites, au titres marqués d’un « E » rouge, Beyoncé prend la parole sur l’esclavage, la condition de la femme, son mec, ses blessures et ses amours. Le poids d’un certain héritage, la nécessité vitale de construire un futur qui fasse sens: tout est là, esthétisé, nécessaire et universel. Beyoncé, militante? Avec près de 70 millions de followers sur Instagram, ça promet de faire du bruit et on la suit. A fond.

Côté red carpet, la mode fait de la résistance. Livia Firth continue de militer avec le Green Carpet Challenge, soutenue notamment par les stylistes Vivienne Westwood, Stella McCartney, des griffes de joaillerie comme Chopard et l’actrice Emma Watson, qui s’engage en portant les tenues du label de Livia « Ecoage » sur le tapis rouge. Le film « The True Cost » sur l’impact écologique et social de la mode dite rapide ou « fast fashion », dans lequel Livia apparaît, fait une sortie discrète sur le web en 2015. Le propos, bien qu’édifiant, passe quasiment inaperçu.

Et puis il y a ce post de Blake Lively à Cannes, le 18 mai sur Instagram. L’actrice américaine de 28 ans, venue présenter « Café Society » de Woody Allen, poste une photo d’elle arborant une robe fourreau Atelier Versace, de face et de dos avec la légende « L.A. face with an Oakland booty » (« Un visage de L.A. avec des fesses d’Oakland »). Et là, c’est le drame: avalanche de commentaires sur les réseaux taxant a comédienne de racisme. La formule est en réalité une parole du hit de 1992 « Baby Got Back » du rappeur Sir Mix-a-Lot qui vante les mérite des larges postérieurs de femmes noires « qui font crier même les garçons blancs » selon la même chanson. Autrement dit, le morceau fait du corps des femmes de couleur une blague en musique. Sauf qu’on est en 2016 et que le rap des années 1990 qui joue des clivages raciaux n’a plus vraiment la cote. Sorry Blake.

Que nous dit ce flot de réaction en chaîne autour de la faute de goût de la comédienne? Certes, elle pourra argumenter que ces mots ne sont pas d’elle, que plutôt que de l’accabler de commentaires assassins, on ferait mieux de revoir nos classiques et d’examiner la chanson parce qu’elle, non, n’est pas raciste. Simplement, elle se moque complètement d’heurter la sensibilité d’autrui et fait une règle d’ignorer totalement le monde qui l’entoure. Comme le rappelle le WWD, la comédienne adoubée par Martha Stewart, une autre femme de valeurs, s’est mariée en 2012 en Caroline du Sud dans les jardins de Boone Hall, une ancienne plantation esclavagiste. Preuve en est, le site en question a conservé ses cabanes d’esclaves en l’état.

Sauf qu’en 2016, les réseaux sont rois et ne peut plus simplement prendre la parole qui veut, en faisant abstraction d’une certaine réalité extérieure, qui existe bien au-delà des propriétés sur-protégées à l’ombre des jardins d’Hollywood, bien au-delà des réseaux et des masques pailletés de Snapchat et d’Instagram.

Pendant ce temps, l’actrice Evgenia Dodina, 51 ans, irradiait dans une tenue dont personne n’a parlé (mais qui n’a pas échappé à Toute La Culture), Soko montait les marches pour un retour éblouissant dans le cadre d’Un Certain Regard, où héroïne de « la Danseuse« , elle a aussi assisté à la projection de « Voir du pays » des sœurs Coulin. Un Cannes un peu plus « low profile » se dessinerait-il pour demain? En attendant, Blake Lively peut toujours regarder « Lemonade » de Beyonce. Ça ne peut que lui faire du bien.

Visuels © Instagram de Blake Lively/ Instagram de Livia Firth/ Instagram d’Emma Watson/ Yael Hirsch

 

 


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