[Interview] Paloma Casile  » La lingerie c’est de la séduction »

9 mars 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Toute La Culture et l’EICAR ont rencontré Paloma Casile, la reine de la lingerie chic et rock. 

Quel est votre métier ?

Je suis designer ça veut dire qu’en fait je ne suis pas seulement styliste, je dessine des collections mais aussi je les conçois c’est-à-dire que je fais des patronages, les gradations, la coupe je fais jusqu’au prototype, c’est-à-dire que je gère le modèle de A à Z puis après on l’industrialise, on le lance en production. C’est vraiment suivre le cheminement entier du produit.

Qu’est-ce que c’est la lingerie ?

La lingerie c’est évidemment tout ce qui est corseterie donc Soutiens-Gorge, culottes mais ça représente aussi ce qui est body, les pyjamas. Aujourd’hui la lingerie c’est beaucoup plus hybride. Tout ce qui est un petit peu dessus dessous, plus c’est la tendance de montrer. Ce n’est plus uniquement le soutien-gorge et la culotte.

Quand je suis entrée dans votre boutique il y avait un morceau des Pixies que j’adore. Vous êtes percée, vous avez un style un peu rock, un peu gothique. Quand on regarde votre lingerie, elle est très luxueuse, très précieuse, quels sont les éléments rock que vous insufflez dans votre lingerie?

Je pense qu’on a une image tout de suite du rock un peu destroy ce qui n’est pas forcément vrai. Le rock c’est bien sur l’inspiration, donc ça veut dire tout ce qui est élastique un petit peu partout, des détails métalliques, toutes les structures et découpes un peu tranchées, pas les arrondis doux mais vraiment des choses assez pointues que je mixe avec des matières qui sont beaucoup plus graphiques avec des jeux de noir et blanc, avec des contrastes qui sont beaucoup plus importants comme les tatouages. Cela va s’exprimer de cette façon-là. Je dessine et je fais ce que j’aime alors j’ai du mal à voir les influences. Quand on regarde les tissus on voit bien que la structure et le choix des matières influe quand même dans l’esprit rock de la marque.

Donc ce que vous écoutez joue dans votre création?

Oui, je mets du rock très fort dans la boutique.

Pour vous les choses ont plus ou moins commencé à Dinard en 2012.

Je finissais mes études à ESMOD, j’ai été Aiguille d’or et major de ma promotion de l’école ce qui m’a permis d’entrer chez Chantal Thomas pour valider mon diplôme et après Chantal Thomas, je suis entrée chez Cadol, on m’a proposé un concours de lingerie à Dinard. J’ai envoyé mon dossier de fin d’étude et ça a marché. J’ai dû refaire entièrement une collection, j’ai travaillé sur des choses plus commerciales même s’il fallait exprimer cela en défilé. Je suis un peu arrivée comme ça, on m’a dit « ben c’est bon vous avez le premier prix » donc on m’a dit « on peut vous aidez à monter votre société est-ce que ça vous dit? » A 23 ans j’avais ma boite, donc je suis partie en industrialisation. C’est allé très vite. Il n’y a pas eu un moment où je me suis vraiment dit « est ce que je vais faire Dinard ? » mais je n’avais pas prévu, c’est arrivé comme ça.

Parce qu’avec tout ça vous n’avez pas trente ans?

Non. Toujours pas j’en ai 27.

Vous défendez le savoir-faire, le made in France.

C’était important pour moi quand j’ai démarré de faire les choses en France. Je trouvais qu’on a un très beau savoir-faire et j’ai eu de la chance par les maisons où j’ai travaillé, toutes les personnes que j’ai rencontrées, d’avoir vraiment toujours vécu ce savoir-faire. Je suis née à Lyon, j’ai toute une histoire derrière moi, ma grand-mère était dentellière, mon autre arrière-grand-mère était lingère, j’ai tout ça dans le sang. Il y a aussi la réalité qui fait que je suis une designer française et ceux qui m’ont aidé ont été les fournisseurs français. Quand je suis allée avec mon petit sac et mes petits produits ceux qui m’ont dit oui ça a toujours été des français. Il y a des brodeurs qui m’ont invitée dans leurs usines pour me présenter les métiers, pareil pour les dentelliers de Calais. On m’a vraiment tout de suite intégré tout de suite à ça, plus je découvrais le métier, plus j’avais envie de travailler exclusivement avec ce savoir-faire-là.

La lingerie que vous proposez est très glamour, n’est-ce pas contraignant ?

Je suis pas forcément d’accord, quand on regarde la lingerie on peut se dire « ah mais ça ne m’ira jamais » et il y beaucoup de clientes qui entrent en disant « non » et on fait une gradation pour englober un maximum de femmes pour avoir évidemment le maximum de tailles, après j’essaie de faire passer comme message qu’en fait la séduction ce n’est pas grave. Ce n’est pas quelque chose dont il faut avoir honte. La lingerie c’est de la séduction mais après ce n’est pas forcément pour son mec ou pour sa nana mais c’est vraiment pour soi. C’est pour se faire du bien, pour se sentir belle, se regarder dans la glace et se dire « ah ouais aujourd’hui je vais dominer le monde! » C’est un beau projet pour démarrer la journée.

Oui c’est un beau projet ! C’est-à-dire que vous défendez plus les bas que les collants ?

Les deux sont jolis, j’aime bien les porte-jarretelles, quand on en porte on se sent bien, on se sent super sexy, ça se voit pas donc c’est un truc qui est vraiment personnel. Après ça revient. C’est quelque chose qui s’est complètement arrêté, plus personne ne voulait en entendre parler mais on est en train d’en vendre de plus en plus, donc c’est entré dans les meurs mais pareil, ce n’est pas la dominatrice en talons aiguilles qui porte ça. Au contraire, c’est la fille sous son boy-friend, justement parce que ce n’est pas pour séduire c’est pour séduire soi-même. On en revient aux femmes, on leur explique que le vêtement ce n’est plus fait pour que les hommes ou les femmes les regardent c’est fait pour qu’elles-mêmes s’aiment et soient bien. Et on peut mettre un super soutien-gorge avec un tee-shirt trop large et un jean, personne ne le sait mais on se sent hyper bien.

Quels sont vos projets culturels ?
J’ai travaillé avec une super pièce de théâtre qui s’appelait « Tout contre » où j’ai fait un ensemble pour une scène de strip-tease. Après j’ai travaillé pour le film de Begbeider « L’idéal » où j’ai fait une partie de la lingerie. J’ai fait des vêtements pour de la scène, des pièces.

Cela vous amuse ?

Oui, ce sont des projets qui sont hyper intéressants.

Et comment ça se passe? Ce sont des commandes très précises ?
En général ce sont des gens qui m’appellent et qui me disent: « voilà on a tel projet est-ce que c’est oui ou non ». Ca dépend. Ce qui est bien quand on est jeune créateur c’est qu’on nous propose toujours des projets un peu fun, un peu marrant. Il y a souvent des projets que je ne suis pas et des projets au contraire qui me plaisent beaucoup comme le projet du Verrou qui était un bon projet. A chaque fois ce sont des rencontres. Pour l’instant je bosse sur des projets en cours mais on ne peut pas trop en parler tant que ce n’est pas sorti.

Sans dévoiler, ça sera du cinéma? Du théâtre?

Cinéma, théâtre, des choses pour des clips vidéo, des clips musicaux. Le problème c’est que l’on ne sait jamais, on prête des pièces et après on ne sait pas. Peut-être que ça marche, peut être que ça ne marche pas. Des grosses stars américaines, des choses un peu super. Peut-être qu’un jour on regardera un clip et on se dira « ah ben tient ça c’est à nous » on ne sait pas trop. Sur des projets comme ça, surtout quand ce sont des gros projets, ils font appel à une cinquantaine de designers ils ont 200, 300 pièces et c’est la nana qui choisit et qui dit oui ou non.

Suspens pour savoir si vous serez dans le prochain clip de Beyoncé c’est ça?

Exactement (rires).


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