Le design a sonné trois fois à Saint Etienne

3 décembre 2008 Par Annabel | 0 commentaires

designSaint Etienne a résonné aux sons du design du 15 au 30 novembre lors de sa biennale, qui a offert aux visiteurs une invitation au voyage dans le futur. Autour de trois événements phares, les designers se sont exprimés sur des objets utiles autant qu’insolites, ancrés dans une logique largement environnementale. Les matériaux et les formes d’aujourd’hui sont déjà obsolètes.

 

  Si la biennale de Saint-Etienne a célébré moult produits ou effigies centenaires comme les flacons de Guerlain ou Boucheron, les tablettes de chocolat Poulain, le bibendum Michelin, elle n’a cependant pas manqué de se poser la question du futur. Trois expositions ont tenté d’apporter une réponse au travers de la création actuelle et des produits qui en découlent. Demain c’est aujourd’hui a rassemblé « en un même lieu des produits concepts élaborés par des entreprises de secteurs et de pays différents dans un souci de prospective », selon la commissaire, Claire Fayolle. « Les produits concepts sont des outils stratégiques qui aident les entreprises à inventer leur offre future », continue-t-elle. « Ils n’ont pas vocation à être présentés à un large public. Ils sont destinés à nourrir la réflexion au sein des entreprises. Ils servent aussi, parfois, à tester des idées dans le cadre de salons spécialisés ».

 

designLa confrontation de produits d’univers aussi différents (électroménager, électronique, automobile, etc.) a révélé les thèmes porteurs de l’époque et a permis d’entrevoir les modes de vie des prochaines années. Parmi ces thèmes, trois ont particulièrement dominé : – le développement durable et ses implications en termes de consommation de biens, d’énergie, de services. – Les nouveaux usages et les pratiques à venir des objets de communication numérique. – Les nanotechnologies, porteuses pour beaucoup d’experts de la prochaine révolution industrielle. Certains produits ont été présentés pour la première fois en France, voire en Europe.

 

Parmi plus de cent prototypes et maquettes, la plupart dévoilés pour la première fois au grand public en France (et en Europe), nous avons pu retenir : – La Sphère de 3,20 m de diamètre mise au point par Dassault Systèmes qui permet de se projeter dans le futur. – Le téléphone de l’avenir, Morph, imaginé par Nokia et les singulières interfaces des téléphones portables du japonais kddi. – De nouveaux concepts de produits alimentaires créés par de jeunes designers – Des bijoux ultra-sensibles qui se modifient en fonction de notre moral et des tatoua­ges électroniques qui se dessinent lors du contact entre deux corps amoureux conçus par Philips – Des concept-cars – Des recherches qui interrogent l’impact de la biotechnologie et des nanotechnologies sur notre corps. – Un lieu dévolu à l’expérimentation qui traite du design sonore interactif. L’Ircam (Ins­titut de recherche et de coordination acoustique/musique) présente des dispositifs permettant d’appréhender l’apport du son dans notre relation aux objets.

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Aux côtés des produits, une exposition de design graphique. Trois studios de cultures très différentes ont été invités à concevoir l’identité de la biennale en 2036. Pourquoi 2036 ? Parce qu’il s’agit d’une année calendaire jumelle de 2008, une confi­guration qui revient de manière cyclique, tous les 28 ans, selon Jérôme Delormas, commissaire de l’exposition. « C’est une bonne manière, à la fois arbitraire et implacable, nécessaire, d’aborder la question de l’utopie et du dévelop­pement durable. La référence au cinéma et à la littérature d’anticipation est bien sûr également une manière de revisiter l’histoire des utopies et des dystopies. Une manière de référencer notre propre vision de l’avenir. C’est également l’affirmation d’un parti pris : le design graphique est une pratique d’auteur à part entière. Il est aussi un espace critique de ses propres pratiques, surtout dans ses hybridations et dans son expansion vers d’autres champs tels que le motion design, le vernaculaire, la musique, le cinéma, l’urbanisme ou l’architecture. Le design graphique est, comme l’architecture et le design, un facteur particulièrement important d’identification d’une époque. L’exposition a exploré et montré plusieurs visions d’une époque à venir. Elle a été un puissant révélateur de la manière dont nous nous projetons dans l’avenir. Ainsi, à la fois dans le temps et dans l’espace, 2036 a opéré un déplacement de points de vue. C’est une manière d’affirmer le design graphique comme lieu de production d’imaginaires et lieu de transformation du monde. »

 

designAutre particularité de la biennale, la possibilité de s’échapper quelques heures durant de notre monde normatif et d’explorer le confort d’un appartement de 1 000 m2 et de 9 mètres de hauteur ! A l’intérieur de cet appartement, plusieurs ateliers se sont exprimés. Le premier a regroupé des designers qui ont pu se libérer des contraintes de la commande tout en restant dans une exploration du réel, selon les mots du commissaire Michel Philippon. Ils ont mis au point une plateforme de jeu/exposition afin de réunir l’essentiel des explorations d’usage personnel, public et privé d’un appartement. Le deuxième atelier s’est ouvert à des artistes plasticiens qui désiraient travailler sur l’espace et son organisation. Ils ont posé la question de l’usage de l’objet (ou comment une cheminée a pu devenir une aire de récréation), utilitaire ou symbolique. Le troisième atelier a proposé d’installer des écrans qui ont accueilli des interventions directes directes en live. Les mots de Michel Philippon résument très bien l’esprit de cet appartement : « La confusion et comparaison/confrontation avec un grand magasin de meubles ou une émission de tvréalité ou encore avec un parc de loisirs est intéressante et réjouissante puisque : on n’y vend pas de meuble, on y confronte le visiteur au réel par le jeu mais avec radicalité et sans complaisance. On ne place personne en position de voyeur ou d’observation perverse, et l’on ne « distrait » pas le visiteur, mais au contraire on le confronte à des expériences qui le concernent peut-être. On se réfèrerait plutôt à Marcel Duchamp organisant des mises en scène extraordinaires des grandes expositions surréalistes, et on ne se réfèrerait pas à une tendance trop spectaculaire et surdimensionnée de l’art contemporain. Si l’appartement est un lieu d’usage, qu’il nous offre aussi le temps de s’y installer, de boire un verre au milieu des « siens », de prendre le temps de voir, observer, oublier, et s’intéresser enfin à un jeu vidéo, à une oeuvre inattendue dans un espace qu’on aimerait ou qu’on ne voudrait pas avoir chez soi ».

 

Annabel Benhaiem

 


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