Savoir se prendre un savon intelligemment

12 novembre 2016 Par
Pulcherry Von Ober
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Après le succès des gels douches qui ont fait marcher  » la planche à savons » pour les …savons, voilà que ces derniers sont de nouveau tendance. Aussi, ils fleurissent dans toutes les officines, avec de tendres promesses à la clé. Cependant, choisir un savon implique quelques connaissances. Et c’est donc tout naturellement que nous avons interviewé Anne Dubost, à la tête d’un site internet très complet que nous vous recommandons : la vérité sur les cosmétiques.
En effet, en 2001, “La vérité sur les Cosmétiques“ de Rita Stiens paraissait. Depuis, les consommateurs et consommatrices s’interrogent quant aux ingrédients des cosmétiques et leurs impacts sur la santé. Aujourd’hui, le livre s’est transformé en site et c’est Anne Dubost, qui a pris la suite de Rita, qui le rédige et, qui a eu la gentillesse de répondre aux questions de toutelaculture.com

 

Anne-DubostComment peut-on définir un bon savon ?
Dans mon sens, un bon savon est avant tout un savon véritablement naturel, conçu à partir de composants végétaux de qualité, de préférence issus de l’agriculture biologique.
Pour fabriquer un savon, on utilise le plus souvent un mélange de divers types de corps gras qui peuvent être d’origine animale ou végétale. Dans les procédés de savonnerie « conventionnelle », on utilise par exemple aussi des graisses animales (boeuf, porc) ou des résidus de fritures, des composants de base pas très « glamour » que l’on embellira par la suite avec des fortes doses de parfums ou colorants de synthèse.
En savonnerie artisanale ou en cosmétique naturelle et bio, on privilégiera des huiles ou cires végétales (olive, coco, amande, tournesol, karité, jojoba, cacao etc). Le choix de ces corps gras influe également sur la consistance et les propriétés du savon.

L’huile d’olive, par exemple, est liquide mais on la classe dans les graisses solides car elle permet d’obtenir des savons bien fermes. Les huiles végétales ont toutes aussi des propriétés soignantes et hydratantes.

Le procédé de « saponification à froid » est intéressant également, car la glycérine -substance naturelle issue du processus de saponification et particulièrement intéressante pour l’hydratation-, reste présente dans les savons saponifiés à froid, ce qui n’est pas le cas pour la plupart des savons industriels.

L’industrice savonnière conventionnelle sépare la glycérine de ses savons, d’une part, parce que ce c’est une substance à forte valeur ajoutée, (notamment pour d’autres produits cosmétiques) et d’autre part, parce que la glycérine collerait trop dans les machines qui débitent les savons industriels. Il existe également des savons « à la glycérine », contenant une forte concentration de cette substance naturelle protectrice et hydratante.

TOXICQuels sont les ingrédients à bannir dans un savon et pourquoi ?
Parmi une liste non exhaustive de composants controversées, on retrouve régulièrement les substances problématiques suivantes :

l’EDTA ( trisodium EDTA ou tetrasodium EDTA) : problématique sur le plan toxicologique (accumulation dans les tissus) et difficilement biodégradable
– Des colorants de synthèse, comme les colorants azoïques : critiques sur le plan toxicologique : une partie des colorants azoïques est classées dans la catégorie 4 (substances ne devant pas rester en contact prolongé avec la peau)
– Des conservateurs de synthèse controversés, du type Phenoxyethanol, classés comme perturbateurs endocriniens
– Des parfums de synthèse, qui contiennent très souvent également des phtalates classés aussi comme perturbateurs endocriniens.
– Des tensioactifs durs éthoxylés,PEGs.

Aucune des substances controversées n’est indispensable pour la fabrication d’un savon de qualité, comme le prouvent de nombreux produits entièrement naturels ou artisanaux, ou ceux de la cosmétique naturelle et bio certifiée.

SOAP Quels types de savons choisir entre le savon de Marseille, d’Alep,  au lait d ânesse, au lait de jument ?
Il s’agit là d’un choix de préférence de texture, de parfum, de consistance…. purement personnel, qui dépendra aussi de votre type de peau et même… de votre envie du moment.
Chaque produit, chaque type de savon a sa spécificité qui répond aux besoins et aux différentes attentes de l’utilisatrice ou de l’utilisateur. L’efficacité d’un produit ou d’une formule provient non seulement de la formulation d’un produit, mais aussi de son adéquation avec les besoins du moment de la peau de l’utilisatrice ou de l’utilisateur. Il se peut qu’une formule vous convienne parfaitement et que le produit soit efficace pour vous, mais que ce ne sera pas le cas pour votre voisine avec le même type de peau, qui obtiendra un meilleur résultat avec un autre produit,  voir une autre texture ou formulation.

C’est donc une approche un peu différente ou le consommateur joue un rôle actif en prêtant attention aux besoins de sa peau, en se responsabilisant pour trouver des produits dans sa catégorie de prix qui « fonctionnent pour lui et qui sont donc efficaces.

Quel type de savon pour quelle partie du corps ? 
Encore une fois, la réponse unique ou recette qui conviendrait à tout le monde n’existe pas vraiment….Tout dépendra de l’état de votre peau, de vos habitudes de soin et même de votre mode de vie.
Une peau fragilisée, (également par des habitudes de soin ou d’hygiène excessive) ou à tendance très sèche aura peut être un peu plus de mal à supporter l’aspect un peu trop « décapant » des tensioactifs des savons pour le visage ou les muqueuses, alors qu’une peau plus grasse ou moins réactive supportera le lavage du visage au savon, par exemple.
L’équilibre du film hydrolipidique est réellement une notion très personnelle, qui dépend d’un ensemble de facteurs différents ; fréquence de lavage, produits utilisés, mode de vie.
Composé d’acides aminés et d’acide lactique, de sébum et de kératinocytes, ce film protecteur dont le ph faiblement acide se situe entre 5,4 et 5,9 protège des agressions extérieures. Tant qu’il est intact et l’acidité stable, on évite que la peau trop alcalinisée ne soit la proie des micro-organismes. Le savon modifie le pH de la peau qui devient plus alcalin, entre 9 et 11. Après le rinçage le Ph se stabilise autour de 6,5-7. Pour la peau normale, le pH se situe aux alentours de 6,5, la peau sèche inférieure à 6,5 et la peau grasse au-delà de 6,5.
C’est donc en restant à l’écoute des besoins de votre peau que vous trouverez vos habitudes de soin… du moment. qui peuvent tout à fait changer d’une saison à l’autre, également.

Comment utiliser et conserver son savon pour éviter les bactéries lors d’un usage quotidien ? 
Comme pour l’ensemble des produits cosmétiques, on peut faire valoir des notions de «bon sens», qui ont fait leur preuve : ne pas laisser ses rouges à lèvres ou crèmes solaires à 40°C dans la voiture fait autant de sens que de ne pas laisser son savon humide tremper dans de l’eau, après son utilisation.

De manière générale, il est préférable stocker ses savons dans un endroit frais et sec. Un savon humide doit sécher proprement entre les utilisations afin d’éviter qu’il ne se transforme en pâte molle, moins agréable à l’utilisation. Il suffit ainsi de le sécher à l’air libre sur un porte-savon surélevé. En étant bien égoutté, le savon risque moins de fondre prématuret vous en profiterez plus longtemps. Lorsque vous partez en voyage, attendez qu’il soit entièrement sec pour le transporter.

cosmetiques-conservation-produits-de-beaute-duree-de-vie Combien de temps se conserve un savon après achat et avant utilisation ? 
Les savons non utilisés se conservent sans problème pendant 12 mois (voir au delà), suivant la date de leur fabrication. Leur parfums vont s’estomper petit à petit dans la durée, mais pas les propriétés lavantes et hydratantes des savons, qui restent intactes.
Sur quelques emballages de savons, vous trouverez le symbole de « pot ouvert », suivi d’un chiffre; le même que l’on retrouvera par exemple sur les produits de maquillage qui se gardent longtemps, comme les poudres, par exemple.
Ce symbole signifie que le produit, après ouverture, se conserve pendant la durée indiquée à côté du symbole (12 mois, si le symbole est suivi du chiffre 12). C’est la recommandation « officielle », maintenant si le savon a été stocké dans un endroit frais et sec, il sera juste un peu moins parfumé passé ce délai, mais toujours utilisable.

Conseillez-vous des savons pour se laver les cheveux et pourquoi ?
Difficile, une fois de plus de donner une réponse unanime… Vous connaissez sans doute la réponse ? Cela dépend… de vous et de vos cheveux ! Si vos cheveux apprécient le lavage au savon ou… pas, ils vous le feront savoir assez rapidement.  A titre personnel, je préfère utiliser des shampooings de cosmétique naturelle et bio avec des bases lavantes ultra douces, celles à base de sucre et de coco. Ce sont les produits qui conviennent le mieux à mes cheveux, même s’il m’arrive de passer d’une marque à une autre pour mieux répondre aux besoins du moment.
J’ai par contre dans mon entourage proche une personne qui a récemment découvert le savon d’Alep et qui depuis ne jure que par ce produit, même pour le lavage fréquent de ses cheveux. Mon test pour le lavage des cheveux fut moins concluant, mais cela ne vaut pas une affirmation générale, à chacun de tester et de trouver ce qui lui convient.
Je reconnais néanmoins le côté pratique d’un soin minimaliste que l’on emmènerait par exemple au camping et qui servirait de produit « tout terrain ».

Pour approfondir vos connaissances sur les cosmétiques en général : http://laveritesurlescosmetiques.com
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