Thom Luz, formidable découverte d’un artiste-musicien à l’univers anomalistique

7 avril 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

Avec les spectacles When I die et Unusual weather phenomena project donnés à Nanterre-Amandiers, le jeune et génial metteur en scène zurichois Thom Luz fait enfin connaître en France son univers singulièrement poétique et musical.

La saison des Amandiers se clôt un peu précipitamment mais avec la réjouissante découverte d’un artiste complet qui change assurément le paysage théâtral. Élu meilleur jeune metteur en scène par le magazine Theater Heute en 2014, Thom Luz est artiste associé au théâtre de Bâle, se produit aussi à Vidy Lausanne que dirige Vincent Baudriller, et figure parmi les plus demandés sur les scènes suisses et allemandes. Dans une forme théâtrale autant visuelle que sonore, il adopte la musique comme son langage de prédilection savamment bricolé alors que ses pièces reposent sur l’économie du mot et l’éloquence du silence. Il y déploie un temps étiré et suspendu qui joue de ses latences et décalages, sur la lenteur et la répétition. Son théâtre, loufoque et délicat, s’apparente à un music-hall désordonné et en clair obscur d’où surgissent et se dérobent des présences, souvent marginales et hagardes. Les fantômes s’éveillent comme se déchaînent les éléments naturels. Passionné de phénomènes paranormaux, Thom Luz aime explorer et repousser la part d’incertitude, d’inexpliqué de l’existence. Il en restitue tout le mystère dans un geste étrange et fascinant et constitue en finesse une œuvre drôle et mélancolique qui perturbe et émerveille.

Inspiré de l’histoire étonnante de Rosemary Brown, une femme de ménage anglaise connue pour avoir reçu des plus grands compositeurs morts tels Chopin, Schubert, Beethoven des dictées musicales d’opus inédits qu’elle retranscrivait sans connaître le solfège, When i die met en scène une vieille dame médium assise au piano et visitée de sons épars qu’elle reproduit sporadiquement sur son clavier. Le portrait réenchanté et facétieux de son existence morose et ordinaire n’est pas sans rappeler le théâtre de Christoph Marthaler.

Une autre composition tout à fait insolite prend vie au milieu de gros ballons blancs accrochés à des bobines d’enregistrements et flottants dans les airs dans Unusual weather phenomena project. Thom Luz met en marche une mécanique musicale à la fois virtuose et déglinguée proche de l’univers de Heiner Goebbels d’où naît comme par magie une harmonieuse cacophonie aux sonorités délicatement sombres et glacées évoquant les intempéries climatiques.

Grâce à un groupe d’instrumentistes aussi doués que farfelus, auquel s’ajoute un chevalier en armure chantant du Haendel, la musique résiste, survit à l’absence, à l’oubli, au chaos.

Photo © Tabea Huberli


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: