What if they went to Moscow ? Tchekhov revivifié par Christiane Jatahy

5 mars 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

Avec What if they went to Moscow ? la metteuse en scène et cinéaste brésilienne Christiane Jatahy signe, dans un dispositif très original, une adaptation des Trois sœurs de Tchekhov débordante de vitalité.

En actualisant la pièce de telle sorte à ce qu’elle nous parle plus intimement que jamais, Christiane Jatahy signe un travail sensible, vibrant qui déploie de manière parallèle et tout à fait complémentaire le jeu théâtral, d’une intensité inouïe, et la vidéo. Elle place les spectateurs tantôt devant le chaos magnifique d’un plateau de tournage où s’enchainent avec virtuosité les mouvements incessants de cameramen et techniciens déplaçant d’importants éléments de décors et captant les scènes jouées sur le vif, tantôt devant un grand écran sur lequel sont projetées les images filmées et montées en direct. Est-ce du théâtre ? Du cinéma ? Assurément l’un et l’autre dans un « entre-deux » qui abolit les frontières formelles et fait se confondre la fiction et la réalité, l’ici et l’ailleurs.

Christiane Jatahy adapte très librement la pièce et pourtant, on retrouve, en filigrane, tous les thèmes propres à Tchekhov : la vie provinciale séculaire et répétitive qu’il décrit comme une petite musique entêtante, le rêve de partance, de changement, d’évasion des trois héroïnes. Olga, l’aînée, dissimule tant qu’elle peut son mal-être et sa profonde solitude derrière une attitude responsable et affable jusqu’à l’excès, Maria, l’amoureuse déçue, cède à la passion torride d’un flirt adultère, et enfin Irina, la petite dernière, se présente sous les traits d’une adolescente révoltée bien d’aujourd’hui scotchée à son téléphone portable.

En état de grâce, Julia Bernat, Stella Rabello et Isabel Teixeira sont trois sublimes comédiennes, formidablement complices et d’un naturel confondant. Volubiles et versatiles, elles alternent les langues portugaise et française, les éclats de rires comme les torrents de larmes, toujours avec une émotion à fleur de peau. A l’occasion de la fête d’anniversaire de la cadette, elles chantent avec une gaité nostalgique, se déchainent sur les Cure et se languissent sur Lou Reed, toujours sur le fil de l’allégresse et de la gravité. Elles disent toute la difficulté d’exister. Elles s’aiment et se déchirent de façon irréductible. Christiane Jatahy apporte du corps, de la sensualité, de l’ivresse, un merveilleux souffle de vie au théâtre de Tchekhov.

Photo © Aline Macedo Milena Abreu


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