Vangelo, La déclaration d’amour aux oubliés de Pippo Delbono

6 janvier 2017 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Pippo Delbono est de retour au Rond Point avec sa dernière création, encore plus chargée des deux fantômes de sa vie, Pina Baush et sa mère. Vangelo est un manifeste anti bigots qui rassemble les amours contraints du metteur en scène italien pour son pays et le monde qui l’entoure.

mg_8737-2000x1333

« L’Italie développe des histoires qui dépassent le cinéma. Le Pape, Berlusconi. Nous on a 2000 ans d’histoire ». Le metteur en scène, acteur et réalisateur nous confiait cela en interview en 2013. Et Vangelo, comme ses spectacles et films précédents, le sujet inépuisable reste le même. Le truculent Pippo Delbono ne supporte pas le silence face à la misère. Il ne supporte pas non plus que les oubliés ne soient pas invités à son bal. Obsédé par la mort, il ne cesse de la manipuler dans ses pièces pour mieux danser avec elle. C’était le cas dans Orchidées présenté en 2014 au Rond Point.

Alors, on se retrouve comme en famille, car Delbono ne s’entoure pas d’une compagnie mais d’une troupe composée de  Dolly Albertin, Gianluca Ballarè, Bobò, Margherita Clemente, Ilaria Distante, Simone Goggiano, Mario Intruglio, Nelson Lariccia, Gianni Parenti, Pepe Robledo, Grazia Spinella, Nina Violic, Safi Zakria, Mirta Zecevic. Des corps et des gueules cassées qui nous ramènent à toute l’Italie, celle des Opéras, celle de la Commedia dell Arte,  mais aussi celle de Dante. L’enfer est ce que préfère Delbono qui trouve le diable « féminin ». Dieu et ses fans sont ici mal venus. Abasourdis par le terrorisme et la crise des migrants,  il convoque ses images fétiches. Les longues robes et les farandole de Pina Bausch, sa sœur de cœur disparue en 2009, et toujours, sa mère à qui la pièce sera forcément dédiée.

Voir un Pippo Delbono c’est assister à une cérémonie dont le rythme se casse parfois laissant place à la divagation. Ce grand plasticien est surtout un peintre qui sait fabriquer des images, la plus forte étant peut être l’une des dernières, une explosion hippie  où trône en maître bouddha, dans un lit bébé, Gianluca Ballare qui est atteint de Trisomie 21.

Dans sa cour des miracles où les « Putains, les pédés, les clodos, les gitans » sont les rois, un christ passe, il se nomme Nelson Lariccia. Un vieux sage de 80 ans, Bobo tient encore debout et des nones portent des talons aiguilles. Mais l’horreur est partout, dans la fuite des Afghans qui ont vu le pire en traversant la mer comme dans la radicalité religieuse ici montrée par ce cercle de cardinaux rouge sang.

Dans le gris qui sert de décor à Vangelo, la pratique et l’utilisation du catholicisme est assassiné au pistolet. La musique sauvera de la morosité nous invitant à écouter encore Led Zeppelin.

Aucun doute, Vangelo est un spectacle de Pippo Delbono

Visuel : Luca del Pia


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *