Une rêverie enchantée au Théâtre 14

12 juin 2016 Par David Rofé-Sarfati | 1 commentaire

Sur des airs empruntés à The Fairy Queen de Purcell, Antoine Herbez nous propose dans une adaptation libre de Wadjia Lahami la célèbre comédie de Shakespeare. Mêlant sur scène théâtre, performance lyrique, musique, magie, cascades et danse, son « songe d’une nuit d’été » nous propose une transversale ballade théâtrale. Sur les pas d’Hermia, Lysandre, Helena et Démétrius, aux sons du violon, du théorbe, et du violoncelle, dans la forêt enchantée où règnent Obéron et Titania, roi et reine des fées, nous sommes attrapés de bon cœur et nos imaginaires saisis par une ronde de romances jusqu’au célèbre final où Puck s’assoit face à nous et nous livre le secret de la pièce – Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement que vous n’avez fait qu’un mauvais somme .

« Un songe d’une nuit d’été » est une comédie féerique qui sait mélanger l’élégance du sentiment amoureux aux forces mystérieuses et agressives de l’inconscient à l’endroit de sa modalité de pulsion sexuelle et de son caractère insurmontable. Optimistes nous utiliserons des conjurations, des philtres ou des sortilèges pour que la magie de l’amour vienne du plus profond des âmes se répandre dans le monde apaisé, mais au prix d’un Eros féroce.
Antoine Herbez aime Shakespeare, Molière, Goldoni, les opéras de Mozart. Ici tout s’arrange à la fin et même les querelles n’ont pas cette charge de drame et de désespoir de Hamlet, Macbeth ou Roméo et Juliette. Personne n’en meurt. Les disputes, les quiproquos et les poursuites rappellent Feydeau plus que Shakespeare ou John Ford. Antoine Herbez veut plaire aussi aux enfants et nous retrouvons dans ce spectacle toute son envie de théâtre par la gaieté, la verve et la satire sociale à la Molière ou à la Goldoni, par la chorégraphie vaudevillesque des couples qui se cherchent et par le truchement d’une scénographie d’opéra virevoltante de miroirs et d’escamotages. Nous sommes au spectacle. Titiana (splendide et irréelle Orianne Moretti) a des airs de la reine de la nuit de la Flûte Enchantée. Puck (attachant Francisco Gil) a des airs de Papageno. Helena (incroyable Ariane Brousse, entre Toinette, Madame Epouse Toudoux, ou Hyacinthe des Fourberies elle justifie à elle seule les applaudissements nourris) pousse une partition truculente et précise d’une femme qui veut aimer sans être dupe, sans se laisser emporter par son rêve d’amour. Oberon (Maxime de Toledo dont le jeu puissant et impérial parvient à se rabattre sur l’inoubliable Christian Hecq dans la dernière mise en scène de Muriel Mayette à la Comédie Française en 2014). Aucune fausse note dans cette partition jouée par une troupe engagée et talentueuse. Tout cela emmené par les trois elfes musiciens de la forêt : Papillon (Victorien Disse au Théorbe et Guitare Baroque) Toile d’Araignée (Alice Picaud au violoncelle) et Graine de Moutarde ( Marie Salvat au violon).

Toutefois cette comédie n’est pas seulement une farce car elle traverse aussi avec esprit des questions essentielles. Il y est confirmé dans la scène de couronnement d’Oberon par Titiane qu’un père n’est père que désigné par la mère . Ailleurs, tout au long de l’intrigue, l’amour se présente tel qu’en sa nature, toujours poétique alors que le sentiment amoureux s’intrique avec vigueur au désir sensuel et à sa traque animale. Et si l’amour semble être l’inverse du manque, il en est aussi la moisson de ce que ce dernier justement sème. Nous sommes ainsi habilement ravis par cette composition qui aura su rivaliser avec les meilleures créations, classiquement plus argentées.

Il ne reste que quelques jours pour courir (en famille) s’émerveiller au Théâtre 14.

Crédit Photos © Laurencine Lot

Artistes : Laetitia Ayrès, Ariane Brousse, Victorien Disse, Jules Dousset, Francisco Gil, Ivan Herbez, Orianne Moretti, Alice Picaud, Marie Salvat, Maxime de Toledo
Metteur en scène : Antoine Herbez


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