Un « Retour au désert » plutôt aride signé Arnaud Meunier au Théâtre de la Ville

25 janvier 2016 Par Araso | 0 commentaires

Jusqu’au 31 Janvier, le Théâtre de la Ville propose le très attendu Retour au Désert de Bernard-Marie Koltès, mis en scène par Arnaud Meunier. Une version très sage du chef d’oeuvre de Koltès qui, en dépit d’une Catherine Hiegel au sommet de son art dans le rôle de Mathilde, reste très en-dessous de la pièce originale. 

Note de la rédaction :

Le problème lorsqu’on monte une nième version d’une oeuvre aussi brûlante que Le Retour au Désert de Koltès, est que l’on est très attendu au tournant. Non seulement il faut réellement apporter quelque chose en plus, mais un manque de passion passe tout de suite pour un crime de lèse-majesté. Malheureusement pour Arnaud Meunier, sa mise en scène coche toutes les cases.

Pour commencer, le décor est une énigme à lui tout seul. On ne retrouve ni l’est de la France, ni les années soixante, avant de découvrir quelques éléments de mobilier. Ce n’est pas un mal en soi, -au contraire, surtout pour une pièce qui a été vue et revue, à condition que la contre-proposition tienne la route.

L’est de la France, dans les années soixante, ce sont des kilomètres d’aciéries, des champs sinistrés, la cité radieuse du Corbusier en érection à Briey…  Ici, on est dans une cascade de verdure entourant une villa type côte d’azur, avec d’immenses baies vitrées flanquée d’un inexplicable poteau. L’ambiance est estivale, légère, la piscine extérieure n’est pas loin et en tendant l’oreille, on entend presque le chant des cigales. L’usine, supposée se situer à quelques mètres, semble, très, très loin, à des millénaires de ce parfait décor de garden party. D’emblée, on voit mal comment pareil tableau peut accoucher d’un désert quel qu’il soit.

La scénographie fait apparaître en projection et en grand les titres au début de chaque chapitre, suivant le découpage de la pièce d’une façon très linéaire. Dans Le retour au désert, les six titres correspondent aux cinq prières de la religion islamique selon l’heure du jour, plus Al-’ïd ac-çaghïr, la fête qui marque la fin du ramadan, et sont traduits à la fin. Ici ils sont simplement projetés, agrémentés d’une bande son au mieux insignifiante, au pire caricaturale et kitschisante.

Reste de le jeu des acteurs, qui, à quelques rares exceptions, est lui tantôt en-dessous, tantôt carrément hors sujet. Catherine Hiegel, remarquable en Mathilde à fleur de peau, avec sa voix rauque, soutenue et juste, porte à elle seule toute la pièce. Adama Diop fait une apparition salvatrice en grand parachutiste noir et fait l’une des seules propositions justes du spectacle. Enfin, Kheireddine Lardjam propose un Aziz très convaincant, à la hauteur de son personnage, et apporte un peu de couleur à un ensemble relativement fade.

L’écriture de Koltès est une dynamite, et Le Retour au Désert aborde sans tabous ni détours la France de sortie de guerre d’Algérie où se dessinent les contours d’une véritable poudrière qui sera prête à exploser plusieurs décennies après. Le texte de Koltès dit tout de cette société portaiturée avec brio, cinglant à l’envi, lacérant l’espace de violents coups de couteaux.

Il y a ce frère, cette soeur, et cette haine intestine, cet amour vache, toute la complexité des liens du sang. La quintessence de la famille est concentrée dans l’histoire de la famille Serpenoise, ces Rougon-Macquart de l’est, que Koltès raconte dans Cent ans d’histoire de la famille Serpenoise en addendum à la pièce. Il y a ces fantômes, la question du lieu, de la terre, du sol, la mise en cause de la patrie éminemment actuelle. Arnaud Meunier en fait un spectacle petit-bourgeois, très lisse et insipide et il est bien difficile de le comprendre.

Visuel © DR


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