« Un grand amour » de Nicole Malincoli avec Janine Godinas.

9 mai 2017 Par
David Rofé-Sarfati
| 0 commentaires

Janine Godinas est une comédienne essentielle et incontournable du théâtre belge. Mise en scène par Jean Claude Berutti cette immense interprète nous livre le texte de Malincoli, la confession étrange de la veuve du commandant de Treblinka. L’entreprise est vertueuse mais pas que.

fh

Face à une journaliste, dos à un grand miroir, au milieu de journaux et de magazines jetés à terre, une vieille femme revisite sa vie et avec cette nouvelle traversée se confronte à voir ce qu’elle ne voulait savoir, à dire et à se dire l’ineffable que son mari tant aimé fut une génocidaire, un soldat essentiel de la Solution Finale.

Apres la mort de Franz Stangl, ex commandant du camp d’extermination de Treblinka arrêté  au Brésil incarcéré et condamné à la réclusion à  perpétuité, Thereza Stangl sa veuve est restée dans leur maison de Sao Paulo où ils avaient vécu incognito durant seize ans avec leurs enfants. C’est dans cette maison qu’elle reçoit en 1971 Gitta Sereny une journaliste.

Et elle va lentement alternant des instants de doute ou d’émotions, de colère ou de résignation raconter l’inracontable. Souvent nous croyons saisir la réponse à la question qui nous hante et qui veut s’épuiser : aurait elle pu arrêter cela ?

Le texte est remarquable. La vieille Frau chemine le long de ce sentier qui se tortille entre le réel de la Shoah et l’imaginaire du révisionnisme, le second consubstantiel du premier. La veuve du bourreau nazi sait qu’elle ne peut éviter l’essentialisation  mais si elle veut se résumer c’est en une épouse aimante et aimée, une princesse. La mise en scène de Jean Claude Berutti se veut minimaliste cependant qu’elle est délicate et sacrement efface. Au mur le grand miroir est notre représentant sur scène et la vieille femme l’évite comme elle nous évite, comme elle évite le jugement; La frau ne veut rien savoir de ce que lui renverrait le miroir.  A l’aube de sa vie elle ne veut rien savoir de ce qu’elle est devenue. Il est le miroir imposant de l’enfant qui commence à marcher et celui cruel de Dorian Gray. De mauvaise foi elle se déclare princesse d’un conte de fée  mais  dans ce miroir elle ne sera pas la plus belle.

Janine Godinas, elle est pour cela une immense comédienne, saisit la salle. A la gorge. Nous sommes son miroir. Elle est une brillante lectrice; elle défend la proposition d’une Thereza Stangl qui pendant qu’elle nous supplie de croire à sa petite affaire de « grand amour » qui se rabattrait sur l’horreur de sa propre complicité, n’est pas dupe de son implication. Godinas brille plus encore car plusieurs fois nous nous surprenons à vouloir pardonner à son personnage; par sa présence et son incarnation du texte elle déclenche en nous dans des fulgurances l’empathie, malgré notre dégoût. C’est terrible et sombrement resplendissant car la comédienne par son interprétation aiguisée nous le rappelle : ce sont des humains et rien d’autre qui ont fait cela à d’autres êtres humains.

« Un grand amour », de Nicole Malinconi, Mise en scène Jean-Claude Berutti; Avec Janine Godinas, Scénographie Rudy Sabounghi, durée : 1h10, reprise du 26 Octobre au 19 Novembre 2017 au Théâtre des martyrs, rideau de Bruxelles
© Virginie Lançon


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *