Un « Dom Juan » explosif à La rose des vents !

2 juin 2016 Par Audrey Chaix | 0 commentaires

Après sa création en mars 2016 au Théâtre National de Bretagne (Rennes), le Dom Juan de Sivadier est passé par La rose des vents lors de sa tournée de printemps, avant d’ouvrir la saison de la grande salle de l’Odéon à Paris. De quoi offrir aux spectateurs lillois un pur moment de plaisir théâtral – et le public ne s’y est pas trompé, puisque la pièce s’est jouée à guichets fermés pour chacune des représentations. Sans doute parce que Sivadier, avec son talent, a su insuffler à Dom Juan son sens aigu du plateau, avec une troupe de comédiens au diapason et une interprétation aussi fidèle que personnelle de l’œuvre de Molière. De la belle ouvrage.

Sivadier est un habitué des scènes lilloises : le Théâtre du Nord aussi bien que l’Opéra de Lille ont accueilli ses mises en scènes à plusieurs reprises, ses créations parfois. C’est donc en terrain conquis que la troupe emmène le public pour 2 h 30 d’une folle épopée, portée par un Nicolas Bouchaud formidable dans le rôle de Dom Juan. Tour à tour séducteur, gouailleur, lâche, drôle, cruel ou trublion, il est Dom Juan, sans que le doute ne soit jamais permis. À ses côtés, Vincent Guédon est Sganarelle, aussi drôle que veule, désespéré par les frasques de son maître autant qu’il le couvre auprès de ses ennemis afin de sauver sa place. Impayable duo, qui régale le public alors que Dom Juan s’enfonce de plus en plus vers la damnation, sous l’œil implacable du Ciel vengeur alors que chaque occurrence du mot « Ciel » est marquée par un compteur placé au-dessus du plateau.

Sivadier met donc au centre du propos la force du destin, ce Ciel invoqué maintes fois (une soixantaine, pour être précis) par les personnages, et qui est représenté sur le plateau par une véritable galaxie d’éléments suspendus, pour rappeler astres et planètes. Une très belle scénographie, imaginée par Daniel Jeanneteau, Christian Tirole et Jean-François Sivadier, où l’on retrouve l’atmosphère des précédentes créations du metteur en scène. Artifices, pétards, éclairs et coups de tonnerre : Sivadier assume pleinement ce théâtre de machines qui est le propre de la pièce de Molière, tout en y ajoutant sa touche personnelle. C’est ainsi que Dom Juan le séducteur se retrouve à chanter « Sexual Healing » de Marvin Gaye et à faire du gringue aux femmes du public, tandis que Pierrot et Mathurine s’invectivent en patois ch’ti.

C’est donc une production explosive que propose ici Sivadier, qui donne à lire la pièce de Molière avec beaucoup de justesse, tout en y apposant une lecture pertinente et pleine de sens. Un plaisir pour (re)découvrir Molière, et le public de La rose des vents ne s’y est pas trompé : une salve d’applaudissements chaleureux a remercié la troupe lors des saluts. Jubilatoire.

Photos : © Brigitte Enguérand


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