Troïlus et Cressida manquent de flamme à la Comédie-Française

5 février 2013 Par
Christophe Candoni
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Après un an de travaux (voir ICI), la salle Richelieu fraîchement rénovée rouvre au public, moins pompeuse et plus belle encore. « Troilus et Cressida » de Shakespeare y tient l’affiche et fait pour l’occasion une entrée au répertoire de la Comédie-Française moyennement passionnante dans une mise en scène de Jean-Yves Ruf. Présenter la pièce de manière sobre et intemporelle est une proposition valable à défaut d’être enthousiasmante, qui a le mérite de faire entendre intégralement et avec limpidité un texte loin d’être simple et très peu joué mais sans enjeux forts. Pour cela elle aurait dû bénéficier d’un travail de mise en scène plus affirmé.

La pièce raconte l’histoire d’amour contrarié du jeune guerrier Troïlus et de Cressida mais ce n’est pas là l’essentiel du propos qui se situe davantage sur le terrain politique qu’intime. Les Grecs ont assiégé Troie il y a déjà longtemps et de leur brûlant orgueil et leurs passions belliqueuses, il ne reste plus rien. Cuirasses sanglées et glaives au poing, ils n’ont plus l’envie ni l’ ardeur. Grecs et Troyens restent dans leurs camps séparés par la cloison épaisse d’un haut mur sculpté. Les combats ont laissé place aux questionnements et aux doutes des guerriers qui, de manière absurde, se livrent bataille entre eux plutôt que contre l’ennemi.

La guerre devient interminable et s’enlise. C’est aussi ce qui arrive au spectacle. Une certaine inaction et de longues et ardues prises de parole rebutent par moment.  Des coupes auraient pu être opérées pour gagner en concision et fluidité. La poésie et l’étonnant mélange des tonalités propres au théâtre shakespearien font malgré tout la force et la beauté de la pièce d’autant que Jean-Yves Ruf est particulièrement soucieux de jouer sur tous les registres même s’il ne va pas assez loin. D’une façon générale, son geste de metteur en scène semble insuffisant, il manque de puissance et d’ambition pour accompagner, soutenir, porter avec poigne une pièce aussi dense. La dernière demie-heure de la représentation tend à gagner en fureur et en intensité mais l’ensemble du spectacle souffre d’un traitement dépassionné.

Les acteurs du Français sont tous très en place. Gilles David est un fantaisiste et paternel Pandare, Eric Ruf, un Ulysse malin et entrepreneur, Michel Favory, un sage vieillard aux cheveux aussi blancs qu’hirsutes, les vigoureux Laurent Natrella (Agamemnon) et Michel Vuillermoz (Hector) sont justes quoiqu’un peu poussifs. Mais l’ensemble est souvent statique, parfois convenu et légèrement déclamatif. Des gradins en bois mobiles sous un chapiteau de toile sont les éléments principaux de la belle scénographie d’Eric Ruf, à la fois harmonieuse et fonctionnelle mais pas suffisamment inventive pour proposer de nombreuses possibilités de jeu, ce qui force les acteurs à demeurer la plupart du temps assis ou postés à l’avant-scène.

Des corps moins figés, une intonation plus concrète, un jeu plus pêchu et détonnant des plus jeunes acteurs apportent un souffle bienvenu à la représentation. Loic Corbery et Jérémy Lopez forment un duo génial et fonceur dès leur première apparition drôle en invectives variées et fleuries et riche en coups. Leur match est arbitré par le dernier pensionnaire entré dans la troupe, Sébastien Pouderoux qui partage les mêmes qualités de jeu. Ils imposent une énergie et une vitalité trop rares et forcément bénéfiques qui dénotent presque mais fort heureusement.

Curieusement, le couple éponyme paraît un peu palot. Même si Georgia Scalliet, très enfantine Cressida, et Stéphane Varupenne, doux Troïlus frappé au cœur, montrent une belle et lumineuse sensibilité, ils manquent tout de même de relief.

© Christophe Raynaud de Lage

Troïlus et Cressida manquent de flamme à la Comédie-Française

Informations Pratiques


jusqu'au 5 mai 2013 (en alternance)

Lieu: Comédie-Française, salle Richelieu. place Colette.

Horaire:
20h30 / Matinées à 14h

Contact: 0 825 10 1680

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