« Toxique », un récit pudique et intime sur les affres de la dépendance

27 septembre 2018 Par
Magali Sautreuil
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Qu’il est étrange d’observer ainsi Françoise Sagan à un moment de sa vie où elle est le plus mal, pendant sa cure de désintoxication… La pièce parvient cependant à relater avec beaucoup d’élégance cet épisode, sans sombrer dans le voyeurisme. « Toxique » nous permet ainsi de comprendre non seulement ce qu’est la dépendance, mais aussi la personnalité de l’écrivaine.

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Longtemps considéré comme subversif, Toxique est le récit d’une jeune femme en proie à de multiples addictions. Cette jeune femme, c’est Françoise Sagan. L’écrivaine, alors âgée de 22 ans, a déjà connu deux beaux succès littéraires avec Bonjour Tristesse et Un certain sourire. Mais suite à un grave accident de voiture durant l’été 1957, elle devient accro aux médicaments et doit suivre une cure de désintoxication.

Depuis sa chambre d’hôpital, Sagan nous décrit son quotidien à travers quelques bribes de son journal intime. La souffrance la diminue, le processus de désintoxication est lent et douloureux. Elle a des sautes d’humeur, souffre d’insomnie et manque de concentration, y compris pour lire.

C’est pourtant la littérature et l’écriture qui l’aident à tenir le coup. Apollinaire, Rimbaud et bien d’autres auteurs l’accompagnent sur le chemin de la guérison et lui permettre de s’évader de cette chambre, dont elle se sent prisonnière. Lorsqu’elle évoque ses amours et ses envies littéraires, elle semble enfin vivante !

Ces transports créent un certain contraste avec l’aspect dépouillé de sa chambre, dont le décor consiste en un lit, une table de chevet et une chaise métalliques, un tapis, un téléphone à cadran, une carafe d’eau, quelques livres et un cahier. Cela est d’un ennui mortel !

Il n’est donc guère étonnant à ce que Sagan erre seule, comme un animal en cage dans cette chambre qui l’étouffe, regrettant sa liberté passée, mais appréhendant en même temps sa sortie prochaine. Elle semble si fragile, sa frêle silhouette longiligne dissimulée sous un pull trop ample pour elle !

Mais sa pensée reste concise et son esprit, bien que tourmenté, lucide.

Une heure durant, nous observons cette femme luttant contre ses propres démons. Une heure durant, il n’y a plus que Françoise Sagan et nous. Cette relation intime entre le spectateur et l’écrivaine se trouve renforcé par la sobriété de la mise en scène et la prédominance du silence. Quelques interludes musicaux viennent parfois briser ce dernier, accompagnant Sagan dans les étapes de sa cure.

Happés par ce récit, empreint de pudeur et de fausse légèreté, nous avons depuis longtemps oublié que sur scène, ce n’est pas Sagan, mais Christine Culerier. La comédienne ne joue pas, mais incarne à merveille l’écrivaine. Son jeu est d’une telle justesse que c’en est bluffant !

À travers l’histoire de Françoise Sagan, Toxique nous propose une réflexion sur la dépendance, la solitude, l’ennui, sans sombrer ni dans la tragédie, ni dans le côté moralisateur ! Un moment de vie à partager, sans porter de jugement, mais qui donne matière à réfléchir !

Toxique, de Françoise Sagan, mise en scène de Christine Culerier, présentée au studio Hébertot à Paris, du 2 septembre au 15 octobre 2018, les lundis à 19 heures et les dimanches à 19 heures 30. Durée : 1 heure.