« Tendresse à quai », une délicieuse histoire sans queue ni tête

24 septembre 2018 Par
Magali Sautreuil
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Tendresse à quai… Quel beau titre, n’est-ce pas ? Mais surtout, quelle belle pièce ! On ne saurait lui imputer un genre en particulier. Cependant une chose est sûre : elle est extrêmement bien écrite et nous emmène dans son univers truffé d’invraisemblances, mêlant fiction et réalité.

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De son propre aveu, l’auteur a toujours eu du mal à la fois avec les débuts et avec les fins, en particuliers celles qui se terminent bien. Le scénario paraît chancelant, oscillant entre une histoire d’amour paternel et désir charnel. Il semble d’ailleurs tout droit tiré d’un roman de gare, où un vieil écrivain, Léon Brémont, ancien prix Goncourt, incapable d’écrire une ligne depuis dix ans, rencontre Colette, alias Madeleine, une jeune cadre commerciale de Leader Price en passe d’être licenciée, deux solitudes qui se retrouvent sur le quai de gare d’Austerlitz, sous les hospices de Mallarmé…

Racontée ainsi l’histoire semble certes plaisante, mais assez banale. Mais ne vous y trompez point ! L’auteur est un fieffé filou qui a un goût prononcé pour la magie, autrement dit pour le détournement d’attention. Il joue avec nos sens et s’amuse avec les invraisemblances du scénario, au point que l’on ne sait plus s’il s’agit d’une histoire d’amour transgénérationnelle impossible ou d’une pièce qui s’écrit en se jouant ou d’un délire de Léon dont la réalité est bien plus sordide. La pièce souffle sans cesse le chaud et le froid entre réalité et fiction. Les mises en abîme s’imbriquent les unes dans les autres à n’en plus finir, brisant ainsi tous nos repères. Cette impression de basculement perpétuel entre différentes dimensions est renforcée par les changements de décor, de costume et de personnalité, qui s’opèrent en quatrième vitesse.

Sous des airs de vaudeville, la pièce est donc bien plus profonde qu’il n’y paraît et explore subtilement de nombreux thèmes : un amour impossible entre deux personnes que tout oppose, une société qui juge et stigmatise, l’écriture, la linguistique, l’inspiration, les relations humaines, la séparation, la mort…

Autant de questions abordées en seulement une heure et demie et neuf séquences (dont les titres, tapés à la machine à écrire, sont projetés sur le fond de la scène) ! Voilà de quoi nous tenir en haleine ! Mais l’auteur réussira-t-il à nous offrir une fin digne de ce nom à cette pièce qui nous a totalement mystifié ? Oui, totalement, et de la manière la plus inattendue qui soit. Mais en attendait-on quelque chose de cette histoire ? Pas vraiment et c’est ce qui la rend si singulière et irrésistible. Intrigués ? Rendez-vous au studio Hébertot pour voir si vous vous laisserez prendre au jeu !

Tendresse à quai, d’Henri Courseaux, mise en scène par Stéphane Cottin, présentée au studio Hébertot à Paris, du 29 août au 18 novembre 2018, du mercredi au samedi à 21 heures et et le dimanche à 14 heures 30. Durée : 1 heure 30.