Sur les cendres en avant, les faux espoirs enchantés de Pierre Notte

20 avril 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 1 commentaire

Sur les cendres en avant est la nouvelle création du génial Pierre Notte. Il ose faire ce qui le poursuivait depuis ses premiers spectacles : une vraie comédie musicale bien sombre où il court après le bonheur pour surtout ne jamais l’attraper.

Note de la rédaction :

Pierre Notte est un auteur, un metteur en scène, un pianiste aussi. C’est l’homme qui nous fait rire rien qu’avec ses titres cinglants à l’mage de ses spectacles toujours acides qui nous amènent généralement dans les petites misères sordides du quotidien mêlés aux rêves minuscules. Dans Perdus dans Stockholm, les stars du monop’ de Pierre Notte espéraient le changement, Et que ce soit Moi aussi je suis Catherine Deneuve, Pour l’amour de Gérard Philippe, Deux petites dames vers le Nord, Sortir de sa mère ou La chair des tristes culs la recette est toujours la même, celle d’une émotion qui effleure dans un kitsch qui nous ramène inlassablement aux Demoiselle de Rochefort, ou plutôt ici, avec Sur les cendres avant, à Singing in the rain.

Mais combien, combien de fois Pierre Notte a-t-il regardé tout Jacques Demy au point de l’avaler et d’en faire siennes les mélodies que la pianiste de dos (Donia Berriri), dans ce décor ikea en stéréo, jouera pendant 1h30 ? La voix de Nicole Croisille ( oui oui, la chanteuse d’ »Une femme avec toi ») nous raconte tout : l’appartement de Rose (Chloé Olivères) qui a brûlé, les problèmes de budget du spectacle, l’autre appartement des sœurs Nina (Elsa Rozenknop) et Macha (Blanche Leleu)…

La direction des comédiennes est ici phénoménale. Elles dansent, chantent, jouent avec une implication et une sincérité qui viennent empêcher la tristesse de saisir l’absurde des situations. On retrouve les obsessions de Notte : les pères absents, les mères folles,  les rêves de gloire, les scarifications. La grammaire est ici très « fille » et très gay. Dans Sur les cendres, il y a le réalisme noyé sous les paillettes des spectacles de travestis. Il y a la douleur sans cesse réinventée de regarder une vie qui n’est pas celle que l’on voulait, jamais.

Elles ont des vies de merde. L’une fait la pute, l’autre se taille les jambes à l’épluche légume, la troisième a fait brûler son appartement, la quatrième se voit cocufiée par Dieu. Cela se passe dans un « taudis », quelque part en France, comme toujours chez Notte, dans un petit appartement, dans un quartier pas chic de n’importe quelle ville qui ressemble à n’importe quelle autre ville. Elles ont des vies de merde qu’elles subliment en les chantant. Les airs sonnent « comme un truc de Michel Legrand ». On a la sensation de tous les connaitre et pourtant ce n’est pas le cas. Là est la force :  nous ramener dans le pot commun, celui où môme, on découvrait la scène où Gene Kelly embrassait Debbie Reynolds.

Visuels : GiovanniCittadiniCesi


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