Le souper de Brisville au Poche Montparnasse avec Daniel Mesguich et William Mesguich.

12 janvier 2018 Par
David Rofé-Sarfati
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Deux ans après l’entretien de Mr Descartes avec Pascal Lejeune, William Mesguich et Daniel Mesguich retrouvent la plume de Jean Claude Brisville. Le père et le fils jouent dans la grande salle du Poche Montparnasse Le Souper, une confrontation délicate mais rude entre Talleyrand et Fouché. Et une fois encore les Mesguich font événement.

  

Une merveilleuse analogie avec le pouvoir.

Ce souper n’a jamais eu lieu. Le texte de Brisville propose une promenade entre les arcanes politiques par le truchement d’un simple tête-à-tête entre deux hommes de pouvoir, d’un souper courtois entre deux hommes habiles, et hors champ le peuple qui gronde. Ce souper, analogie des intrigues de palais, déplie les tactiques, les égoïsmes et les quant-à-soi. Il nous apprend mieux qu’une leçon d’histoire ou qu’une conférence de science politique comment le pouvoir corrompt et comment il le fait par nécessité naturelle et par quels détours la lutte pour le pouvoir exige de consentir à l’arbitraire et aux mensonges. Entre deux tranches de saumon le pouvoir légitime son existence par une modalité que l’on voudrait croire hors de son champ : l’abus.

Un délicieux malaise 

Au milieu de quelques caisses remplies de tableaux et d’archives, on suppose Talleyrand préparer un déménagement du moins de sa fortune. Plusieurs chandeliers garnis de bougies signent son aisance financière. Autour d’une table bourgeoise et de mets sous cloche, la discussion tout en faux semblant imprime à la pièce une atmosphère sombre et électrique. Dans une pénombre les deux comédiens interprètent l’urgence de la situation et la noirceur des êtres; nous sommes assis spectateurs autant qu’héritiers de ce qui se trame entre ces deux hommes. William Mesguich incarne un Fouché méchant ambitieux cruel jaloux de ses prérogatives envahi par une peur sourde de tout perdre et une colère quasi meurtrière contre Talleyrand. Daniel Mesguich interprète un Talleyrand boiteux fatigué cependant que sûr de lui-même. Chacun restitue le malaise ambiant qui magnétise la pièce et qui délicieusement nous captive, car l’instant est critique.

Reste la question de savoir qui du fils ou du père joue le mieux. L’un comme l’autre, certainement par la magie de ce qui circule entre eux, fait d’estime réciproque et d’amour, joue sans rajouter rien comme pour laisser la place à l’autre. Par l’action de cette délicatesse et de cette retenue, l’un comme l’autre joue moins et ainsi n’aura jamais joué aussi bien.

Auteur : Jean-Claude Brisville
Interprète : Daniel Mesguich et William Mesguich
Réalisateur/Metteur en Scène : Daniel Mesguich et William Mesguich