Soumission de Houellebecq, un succès théâtral en Allemagne

21 juin 2016 Par admin | 0 commentaires

A Berlin, au Deutsches Theater, le metteur en scène Stephan Kimmig s’empare de Soumission, le  dernier roman provocant et polémique de Michel Houellebecq. Il le porte au plateau avec fidélité et maîtrise. Preuve est qu’en Allemagne, les grandes institutions théâtrales ont moins peur de s’attaquer à une actualité politique et sociétale brûlante qu’en France. Le livre du romancier français a été adapté pas moins de trois fois cette saison Outre-Rhin, à Hambourg dans une mise en scène de Karin Beier et à Dresde dans une production signée Malte C. Lachmann.

Dans Soumission, Houellebecq imagine le déroulement et l’issue de l’élection présidentielle de 2022 en France. Après un second mandat calamiteux de François Hollande, Marine Le Pen et Mohammed Ben Abbes, le candidat de la Fédération Musulmane, se retrouvent face à face au second tour évinçant Manuel Valls et Jean-François Copé.

François, 44 ans, est professeur de lettres à l’Université. En véritable héros houellebecquien, il est célibataire, solitaire, paumé dans sa vie affective compliquée. Passionné de littérature et spécialiste de Huysmans, il reconnaît n’avoir aucune vocation pour l’enseignement. Il ne s’intéresse pas à la politique, se décrit lui-même politisé comme « une serviette de toilette » mais il affectionne les soirées électorales à la télé qu’il compare à la finale de la coupe du monde mais avec moins de suspens.

Steven Scharf interprète François. L’acteur incarne toute l’intranquillité, la mélancolie névrotique et la curiosité intellectuelle du personnage qu’il rend touchant et sympathique. Il lui manque la perversité,  le machisme et la goguenardise du protagoniste adepte de l’adage « après moi le déluge ». Il exprime son étonnement face au front républicain formé par l’alliance PS-UMP-UDI avec le mouvement musulman pour contrer le front national et ainsi faire gagner Ben Abbes. Son œil lucide décrit calmement la généralisation du port du voile, la suppression de la mixité, la baisse du budget de l’éducation nationale, la légalisation de la polygamie, la privatisation de la Sorbonne mais aussi l’augmentation des subventions pour toutes les religions et la chute fulgurante du chômage.

Lorna Ishema joue tous les rôles féminins. Noire de peau, elle interprète Marine le Pen avec une perruque blonde. Elle est aussi Myriam, la petite amie de François, de confession juive, qui annonce son départ pour Israël avec sa famille en déclarant toutefois sincèrement « ma patrie est la France, j’aime la France ».

Le metteur en scène Stephan Kimmig fait le choix de situer l’action dans une chambre d’hôpital. François est seul sur son lit de malade. Une infirmière le lave, l’habille. Ce choix est-il motivé par l’envie secrète du personnage de vivre en dehors de l’agitation du monde, terré comme une bête ou encore par l’hypocondrie qui le caractérise ? La scénographie peut évoquer plus largement la métaphore d’une Europe affaiblie et malade.

Le décor blanc, les lumières froides soignées et l’utilisation de la vidéo forment un ensemble esthétiquement beau, très propre. Le spectacle présente trop vite et de manière presque comique les violents affrontements et incidents dans les rues ou dans les bureaux de vote pris d’assaut par des bandes armées. Les scènes de sexe sont trop sagement abordées.

François se demande comment réagir face au changement de politique. se soumettre ou non. L’acteur est debout face à la salle et le plafond lui tombe dessus et se brise. L’arrivée des musulmans à la tête de l’Etat est présentée ici comme un événement salvateur qui sort le héros de sa dépression. François accepte un poste à l’Université au prix d’une conversion à l’islam et quitte sa chambre de malade. On grince des dents mais il manque à cette proposition la violence et l’irrévérence qui ont fait de ce roman une œuvre polémique, terrifiante.

Nicolas Chaplain

Au Deutsches Theater de Berlin (Allemagne). © Arno Declair


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