Sobre Illusion comique à la Comédie Française

22 décembre 2008 Par marie | 0 commentaires

illusion comiqueLa Comédie française a pensé aux lycéens. Jusqu’au 21 juin 2009, s’y joue L’Illusion Comique, de Corneille, une pièce au programme du Bac de Français. Une mise en scène sobre, qui invite justement à la concentration sur le texte.

 

  Corneille parlait de cette pièce comme de son « étrange monstre« . Monstre par l’intrigue déjà, bien difficile à relater à moins de s’en tenir à ceci : Pridamant s’inquiète du fils avec qui il a perdu contact, Clindor. Il s’en confie à son ami, Dorante, qui pour l’aider lui présente un magicien capable de lire dans les « destins » « comme dans des livres ouverts », de « lever le soleil » et de déplacer les montagnes…. Le magicien, Alcandre, invite Pridamant à entrer dans sa grotte. Devant les yeux du père désolé, défilera toute la vie de son fils : son service auprès d’un incapable vaniteux, Matamore, ses amours avec Isabelle et sa mort… Le père-spectateur est envoûté par l’histoire, jusqu’à ce que le magicien lui rappelle que les hommes agissant devant lui ne sont que des comédiens… Un beau métier rappelle en passant Corneille, à une époque (XVIIe siècle) où les acteurs étaient enterrés de nuit.

«Etrange monstre », cette pièce, l’est aussi, le résumé de l’intrigue le laisse deviner, par les genres dans lesquels elle s’inscrit. Le premier Acte, celui dans lequel Dorante raconte les exploits du magicien, emprunte, par sa célébration du soleil, à la pastorale. Puis arrive sur scène, avec Clindor, le beau jeune Loïc Corbery, et son maître Matamore, fou mythomane qu’incarne excellemment Denis Podalydès, la comédie : les deux hommes désirent une même femme, Isabelle, dont le père exige qu’elle se marie avec un homme de son rang. Le spectateur retrouve Molière, en moins burlesque, (selon certains chercheurs les pièces de Molière auraient été écrites par Corneille)… et jusqu’à ce que sortent les premiers couteaux, jusqu’à ce que Lyse, qui aime le même homme que sa maîtresse (Isabelle) se demande si elle doit sauver ce dernier, Clindor, emprisonné pour avoir tué un prétendant d’Isabelle. Avec la baisse de la lumière, ce choix cornélien signe l’entrée en tragédie. Avec son Illusion comique, le dramaturge fait valoir qu’il maîtrise tous les genres.

Par sa mise en scène, Galin Stoev a accentué l’étrange monstruosité de cette tragi-comédie. D’une pièce traditionnellement qualifiée de « baroque » que ce soit par la langue ou par l’intrigue, il en a tiré un spectacle sobre, presque mélancolique. Le noir de la scène, sa nudité, la fraîcheur des vitres derrière lesquelles se loge la grotte d’Alcantre et le rouge des robes rendent le texte plus âpre encore : rien ne rattrape les mariages ratés des jeunes gens et la détresse d’un père, ni de lourdes étoffes, ni de riches meubles : les comédiens sont à nu…Paradoxal pour une pièce célébrant les vertus du théâtre, la puissance de l’illusion ? … Peut-être… ou d’autant plus « efficace » : les acteurs n’ont besoin de rien ou presque, ils sont Clindor et Isabelle, cette jeune épouse au cœur brisé ce Dom Juan qui ne peut, avec une femme, se fixer. Dans une mise en scène contemporaine, Ils font toujours illusion avec un texte du XVIIème qui, de toute façon, parce que bien porté, se suffit à lui-même pour capter l’attention du spectateur.

L’Illusion comique, jusqu’au 21 juin, à la Comédie française, 2 heures,  mise en scène Galin Stoev, avec Alain Lenglet, Denis Podalydès, Julie Sicard, Loïc Corbery, Hervé Pierre, Adrien Gamba-Gontard, Judith Chelma. A partir de 19h30 ouverture du guichet pour les places à 5 euros (mal placées mais on voit tout de même). Venir donc avant 19h30.

 

Marie Barral

 


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: