Satoshi Miyagi et son interprétation vigoureuse et enthousiasmante de la Légende du lièvre blanc d’Inaba et d’autres légendes Navajo

10 juin 2016 Par Sandra Bernard | 0 commentaires

Jusqu’au 19 juin, le théâtre Claude Levi Strauss du musée du quai Branly accueille Satoshi Miyagi et sa compagnie Shizuoka Performing Arts Center (SPAC) pour une interprétation vigoureuse et enthousiasmante de la Légende du lièvre blanc d’Inaba et d’autres légendes navajo. Une rencontre ébouriffante et syncrétique entre les mythes japonais et amérindiens conçue spécialement pour les 10 ans du théâtre, suivant une étude du travail du célèbre ethnologue Claude Levi Strauss dans son ouvrage « L’autre côté de la lune ».

Note de la rédaction :
Le spectacle s’ouvre sur la légende du lièvre blanc d’Inaba, un ancien mythe japonais dont les occurrences les plus anciennes remontent au VIIIe siècle dans le recueil du « Kojiki » narrant les aventures du jeune dieu Ôkuninushi en route avec ses 80 demi frères pour Inaba où l’un d’entre eux épousera la belle princesse Yagami Hime. En chemin ils croisent un lapin écorché souffrant le martyr. Celui ci avait voulu se jouer des crocodiles de la rivière pour traverser. Par malice, les frères du dieu Ôkuninushi conseillent au lapin de se baigner dans l’eau salée puis de se sécher au vent. Le lapin s’exécute et souffre d’avantage. Lorsque le jeune dieu, chargé de tous les bagages de ses frères arrive enfin, il conseille au lapin de se laver à l’eau de la rivière puis de se rouler dans du pollen. Ainsi soulagé, le lapin prédit au jeune homme que c’est lui que la belle princesse épousera. La prédiction se réalisa et ses frères, fous de jalousie, décidèrent de le tuer grâce à un piège dans la forêt. Une fois leur forfait accompli, ils s’en retournèrent. La mère d’Ôkuninushi, éplorée, réussit à le ramener à la vie et lui dit d’aller se cacher un temps dans le royaume souterrain du terrible Susano. Dans le royaume souterrain, il retrouve le lièvre qui lui ressemble étrangement. Là, il a le coup de foudre pour la fille du dieu. Coup de foudre réciproque. Aussi, avant de lui donner sa main, le dieu perfide donne des missions toujours plus difficiles au jeune homme. Ce dernier parvient à triompher grâce à sa jeune concubine et à des souris.
La pièce se poursuit avec la représentation d’un mythe navajo. Des jumeaux voyagent, à la recherche de leur père inconnu. Chemin faisant, ils rencontrent une vieille araignée qui leur raconte leur histoire et leur annonce que leur père n’est autre que le dieu soleil. Devant le danger, elle les enjoint à renoncer à leur quête, mais, trop heureux, ils décident de rencontrer leur géniteur. Une fois sur place, le dieu soleil se rit de ces deux jeunes humains qui se prétendent ses fils. Devant leur instance, il les soumet à de terribles épreuves desquelles ils triomphent grâce à la fille du soleil et à un rongeur . Le soleil finit par les reconnaître.
La dernière partie de la pièce, après une « allocution de Claude Lévi Strauss » met en scène des jumeaux cherchant leur père. Après une année passée à aider une femme à labourer et cultiver sa terre, elle leur apprend que leur père est le dieu soleil. Après l’avoir quittée, il arrivent devant une grande étendue d’eau impossible à traverser seuls . Il convainquent alors un monstre du lac de les faire traverser. Se dernier accepte, mais une fois arrivés, les jumeaux refusent de tenir leur promesse, alors le monstre engloutit l’un des frères. Le second, après une période de deuil et de solitude, parvient à la demeure du soleil. Il lui raconte toute l’histoire. Le dieu le chasse. Mais sa fille insiste pour qu’il reste au moins la nuit. Pendant la nuit, l’épouse jalouse du dieu cherche à tuer le jeune homme en vain, et dès le lendemain, le soleil soumet le jeune homme à des épreuves insurmontables. Mais grâce à l’aide de la jeune fille et d’un castor, le jeune homme triomphe et le soleil, reconnaissant sa bravoure, le reconnaît digne d’épouser sa fille.
Oeuvre étrange, originale et envolée, mêlant l’académisme anthropologique et la création pure de la troupe dans un style à la confluence des cultures et des continents, l’ensemble s’avère réjouissant et énergisant.
Le syncrétisme des mythes vu par la troupe met en exergue à la fois les similitudes mais également les divergences entre les différents récits. De cette observation, la troupe a cherché à retrouver le mythe originel venu d’Asie continentale. Ainsi, le(s) héros brave(nt) la mort à plusieurs reprises dans une quête des origines et de la bravoure. Cette quête initiatique semée d’embûches et dont le héros ne triomphe que par son courage et l’aide d’une jeune femme et d’un rongeur.
Ces similitudes et divergences étayent l’hypothèse de Claude Lévi Strauss concernant un mythe fondateur commun multi-millénaire d’Asie continentale qui se serait diffusé oralement pendant les migrations de l’air glacière.
D’un point de vue formel, la pièce est une réussite avec des accessoires de toute beauté tels les masques ou encore les crocodiles de jonc. la mise en scène est énergique et fourmille de détails, quant à la scénographie, elle est pensée de manière à laisser un espace d’expression à chaque culture avant de les réunir dans le chapitre final. Une nouvelle réussite à l’image du Mahabharata déjà interprété à plusieurs reprises par la troupe.

Visuel : ©Cyril Zannettacci / carroussel


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