Rentrée littéraire : Les chemins de la mémoire

1 août 2008 Par Yaël | 2 commentaires

Après « Le geste »(eho, 2005), Gérald Tennebaum continue de creuser le sillon de la mémoire douloureuse. Ni zazou, ni glorieux, l’après-guerre dépeint dans «L’Ordre des jours » a la couleur grise de la mélancolie et du deuil impossible. Sortie le 28 août.

1946. A Lunéville, en Lorraine, Solange attend encore son père Isy, envoyé à Auschwitz. Elle se rend à Paris et rencontre un de ses compagnons de déportation au Lutétia. Mais celui-ci garde le silence. De la France à la Pologne, en passant par Israël, la jeune-femme est décidée à connaître la vérité.

Dans ce livre mélancolique où l’avenir est asphyxié, Gérald Tennebaum fait entendre d’autres voix que celle de la jeunesse et de la reconstruction. A mille lieues des joyeux déboires du jeune Roger Nimier occupant l’Allemagne, « L’ordre des jours » est l’anti « Hussard bleu ». Gérald Tennebaum creuse le glacis de joie de vivre d’après la libération pour montrer les sentiments d’une partie de la population sont la douleur sera tue jusqu’à la fin des années 1970. Dans un style sobre et classique d’époque qui oscille entre Sartre et Violette Leduc, il dépeint la quête d’une femme qui à l’époque n’aurait pas pu faire entendre sa voix d’orpheline incapable de faire son deuil. Sacrifiée à la mémoire de son père et à la survie difficile de son mari, Solange est un personnage plein d’abnégations, mais bien décidé à savoir et pourquoi pas se venger.

Gérard Tennenbaum, « L’ordre des jours », Eho, 18 euros.

« Tard dans la nuit, dans son lit de jeune-fille, Solange vacille entre espoir et nostalgie. Isy ne reviendra plus, sans doute plus, il est trop tard, mais il y a encore des choses à savoir. Savoir, connaître les détails, ce serait une fin et un début. La fin d’une errance impossible, le début d’une autre vie.
Et il y a quelque part un héros vivant, qui en sait peut-être assez pour déclouer la porte, ouvrir la fenêtre et laisser entrer l’air du temps…
Mais qui voudrait écrire l’épopée d’un héros vivant, et qui voudrait la lire? » p. 95


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