« RENDEZ-VOUS GARE DE L’EST » au Rond Point.

2 juin 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

« Rendez-vous Gare de l’Est » est une pièce de Guillaume Vincent sur un texte élaboré à partir d’entretiens avec une jeune femme maniaco-dépressive. Inutile de présenter le talentueux Guillaume Vincent sauf à rappeler qu’avant d’entrer à l’école du Théâtre national de Strasbourg dans la section Mise en scène en 2001, il obtient un diplôme d’études théâtrales doublé d’une licence de cinéma. En tant que metteur en scène, il crée entre autres au TNS Nous, les héros de Jean-Luc Lagarce, au CDN de Besançon L’Éveil du printemps de Frank Wedekind et aux Bouffes du Nord, The Second Woman, un opéra contemporain, et Mimi, scènes de la vie de Bohème, un opéra adapté de La Bohème de Giacomo Puccini. C’est en novembre 2012 qu’il met en scène son texte Rendez-vous gare de l’Est à La Comédie de Reims. La pièce est reprise en janvier 2013 au Théâtre des Bouffes du Nord et aujourd’hui au Théâtre du Rond Point après une tournée en France et à l’étranger où la pièce ne s’est jamais départie de son succès.

La pièce s’articule comme un témoignage. La bipolarité est dépliée, disséquée, décrite dans ses moindres détails. La comédienne talentueuse incarne une Emilie radicalement vraisemblable. Elle devient Emilie dans un réalisme époustouflant dont la mise en scène minimaliste et crue enfonce le clou.

Rien n’échappe à cette description clinique, ni la tragédie de se méfier de son propre corps ou de sa propre pensée, ni la dépression toujours sous-jacente, ni les épisodes de manies ou de coléres, ni même la mauvaise foi défensive, la mythologie qui soutient ou la poésie du désespoir. Tout est magnifiquement décrit, jusque la relation ambiguë d’Emilie avec l’institution psychiatrique.

En un mot, tout y est. Sauf la pensée.

Serions nous des psys, nous penserions et nous en ferions quelque chose de ce syndrome qui deviendrait alors un discours. Simples spectateurs, nous nous en remettons au texte pour ajouter de l’esprit et du discours à la présentation clinique du syndrome. Or le texte n’ajoute rien. Dans ce reality-show de la Psychose Maniaco-Dépressive, nous sommes transformés en voyeurs. Difficile d’être touchés par la mise à plat non de la souffrance psychique d’Emilie mais de ses effets, sauf à applaudir l’immense travail de la comédienne dans cet éblouissant rôle de composition.

TEXTE ET MISE EN SCÈNE GUILLAUME VINCENT
AVEC ÉMILIE INCERTI FORMENTINI
ET LA PARTICIPATION DE GUILLAUME VINCENT
DRAMATURGIE MARION STOUFFLET
LUMIÈRES NIKO JOUBERT
SON GÉRALDINE FOUCAULT


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: