Rencontre avec Alexandre Styker, à nu

15 juin 2012 Par
Amelie Blaustein Niddam
| 1 commentaire

Nous l’avons croisé sur deux plateaux, celui du Théâtre de la Ville pour Rêve d’Automne de Patrice Chéreau et celui du Rond-Point pour Je m’occupe de vous personnellement d’Yves-Noël Genod. Deux spectacles en apparence différents mais se rejoignant dans le geste, résolument chic et élégant du comédien Alexandre Styker. Rencontre sensible et sincère par temps de dictaphone en panne.

C’est dans la rue qu’Yves-Nöel Genod a repéré le beau blond à la présence hors norme. Par deux fois, une première à une terrasse de café, et une seconde, chez des amis communs. Le metteur en scène lui demande alors ce qu’il fait en ce moment. « Rien ». En fait, un rien avant la tempête, puisque c’est « angoissé » que le comédien se prépare à jouer le diable dans le Don Giovani de Filipo Timi au Théâtre Franco Parenti de Milan. Première le 27 février, d’ici là il faudra apprendre à parler italien et ne pas oublier son texte dans une langue qu’il ne maîtrise pas. Tension monstre.

Il est étonnant de rencontrer Alexandre Styker que son entourage de Bulle Ogier à Claudia Cardinale surnomme « Alex » et de le découvrir terrifié. Pour cause, dans le Genod, il incarne une subtile légèreté. Dans ce spectacle, on entend peu ou pas sa voix, elle n’est que murmurée. Lors de l’audition, il a nagé, vraiment, en déambulant dans le « jardin » avant d’y creuser « un lac », cela a duré trente minutes, il était embauché pour un mois d’exploitation. Comment il aborde le jeu performatif ? Il nous répond qu’il ne voit pas « ce qu’est la performance », « A l’intérieur, je me raconte des histoires, je joue tout simplement ». Il ne connaissait pas le travail de Génod avant. Il le découvre poétique, personnage de conte de fée. Il y rencontre et adore Valerie Dreville et Marlène Saldana. La performance n’est pas un monde qu’il fréquente. Sa culture théâtrale se niche en Italie dans les années fondatrices des années soixante.

C’est donc un chemin tracé « inconsciemment » qui l’amène, alors qu’il se lie d’amitié avec Valeria Bruni Tedeschi sur le plateau de Rêve d’Automne, à passer une improbable audition italienne, juste « avec le corps ». Il décroche le rôle.

Le corps, quand on se rend sur le site web du comédien est la première évidence que l’on rencontre. Il est nu, « quand on est comédien, on est toujours un peu exhibitionniste ». Des nus sur scène, c’est un classique qui aujourd’hui continue d’interroger. Pour lui, cela s’inscrit dans une direction d’acteur précise se fondant dans une lumière travaillée. Pas de nu pour le nu donc. Pas d’esbroufe.

 

Le parcours d’Alexandre Styker, si lui le voit tardif, nous semble plutôt majestueux et exigent. Il rencontre Chéreau, « rêve » de toujours pour lui alors qu’il joue aux côtés de Tahar Rahim dans La Commune 8×52 minutes pour canal + une série créée par Abdel Raouf Dafri réalisée par philippe Triboit. Il y a eu aussi Philippe Calvario pour Richard III aux Amandiers, Roberto Zucco au Théâtre des Bouffes du Nord. Un partage du plateau sensible aux côtés de Claudia Cardinale dans Doux oiseaux de jeunesse, sous la direction de Philippe Adrien, au théâtre de la Madeleine à Paris.

La discussion fort agréable tourne autour de deux fils : l’autorité et la peur. L’autorité, que son « ami Pierre, immense chef opérateur », perçoit dans le métier de comédien. Etonnant paradoxe d’un métier qui semble libre et où pourtant la notion de hiérarchie est prégnante. Effectivement, du directeur de théâtre aux services techniques, le comédien apparaît comme un maillon d’une chaîne parfois fragile.

La fragilité, il s’y confronte avec force chaque soir en ce moment, face à un public parfois nerveux. Que ressent-on sur un plateau quand le spectateur gronde ? Lui se dit que « cela fait partie du jeu, il faut accepter que les gens sortent, ce n’est pas grave, tant que ce n’est pas agressif ». Agressif c’est l’antonyme de ce que dégage Alexandre Styker, qui lie des relations fortes en amitiés. La toile se tisse, les projets en amènent d’autres, il vient de finir le tournage d’Un château en Italie réalisé par Valeria Bruni Tedeschi. Boucle bouclée.

Alexandre Styker semble avoir trouvé une cohérence dans son beau parcours : entre le théâtre, la performance et le cinéma, il ne choisit pas mais se faufile dans des productions à la belle exigence.

Avant de quitter Paris pour huit mois d’apprentissage, de répétition et de jeu à Milan, il ira se promener au Louvre, se laissera guider par ses amis pour découvrir une galerie et dégustera un sorbet fraise des bois de chez Berthillon.

Et, à Alexandre d’ajouter, belle conclusion : « ce métier est pour moi une source, d’angoisse bien sûr mais parfois un plaisir si profond qu’on ne peux que vouloir s’y plonger encore et encore »

 

Visuel : Photo François Stemmer

Rencontre avec Alexandre Styker, à nu

Informations Pratiques


Liens: Le site d'Alexandre Styker