Remarquable « Orchestre Titanic » mis en scène par Philippe Lanton à l’Aquarium

10 janvier 2017 Par
David Rofé-Sarfati
| 0 commentaires

Au théâtre de l’Aquarium, Philippe Lanton met en scène le dramaturge bulgare Boytchev révèlé en France par Didier Bezace l’ancien directeur du lieu pour une pièce qui sait renouveler le genre beckettien en nous parlant de l’absurde de nos vies mais aussi de l’état du monde dans ses deux tensions Est/Ouest et Nord /Sud.

15873368_1633165353363994_5779702611350636553_n

Tout commence par la neuvième symphonie de Beethoven. Sur un quai de gare qui semble désaffectée une poubelle municipale, deux tentes. Et quatre désœuvrés, un ex-chef d’orchestre, sa copine, un ex-montreur d’ours et un ex-cheminot se réveillent pour une nouvelle journée qui sera cruciale. La matinée débute. L’auto-déclaré chef du groupe, l’ancien chef d’orchestre déchire devant nous en dansant la partition de la symphonie numéro 9 de Beethoven, hymne à l’Europe. Le ton est donné, tout discours sera déconstruit et cassé, le temps du symbolique n’est plus pour faire place à l’imaginaire, à l’utopie et à son triste viatique que les hommes nomment désespoir.

Les quatre paumés ont comme projet de monter dans un train qui voudra bien s’arrêter pour foutre le camp. Mais aucun train ne s’arrêtera. En attendant, ils noient leurs rêves dans l’alcool. Ces assoiffés d’espoir se rêvent dans un « là-bas », lorsque surgit Houdini, spécialiste de l’avenir en kit, chantre de la Grande Illusion qui se fait fort de les préparer à cet autre monde.

La pièce dérangeante aborde la question difficile de savoir comment se soutient notre bonheur si d’autres survivent dans la misère. Cette misère est à nos portes et ce qu’elle crée de candidats à l’immigration perçoit le bruit lointain de l’orchestre du navire Europe, un navire qui comme le Titanic s’enfonce dans la mer. En transparence par le motif valises-train-disparus il sera fait une référence clandestine à la Shoah dans un bégaiement à ce qu’il y a de commun à ces deux affaires, retour sans doute à la conférence d’Evian de 1938 où il fut décidé le principe de l’abandon des Juifs avant la Shoah et l’hypocrite, car inefficace statut actuel des réfugiés.

La pièce très drôle est aussi une performance à la Marx Brother. Le casting, le talent des comédiens, Bernard Bloch (récemment metteur en scène de la déplacée de Heiner Muller)  ,  Philippe Dormoy, Christian Pageault et  la merveilleuse Evelyne Pelletier interprètent ces paumés avec vérité, et notre gêne de spectateur est d’autant plus grande que ces comédiens par leur jeu juste nous obligent de notre place du nanti à un voyeurisme embarrassé pour le miséreux. Le texte comique nous sauve et la mise en scène baignée par l’infantile réussit à pousser le propos politico-philosophique : À attendre un sauveur nous n’attendons rien. Message fort en ces temps préélectoraux. Le sauveur interprété par Olivier Cruveiller (à la filmographie notable dont le remarquable Aïe de Sophie Fillieres  et au théâtre récemment le bouffon dans La Tempête…) affranchira nos quatre paumés qui à rebours d’Estragon et de Wladimir sauront pourquoi Godot ne vient jamais !

Phlippe Lanton aura su honorer le texte et son sous-texte tout en respectant le burlesque de la proposition et sa radicale poésie.

Une pièce avec de l’esprit, beaucoup d’esprit.

Crédits Photos ©Patrick Berger
mise en scène Philippe Lanton / Cie Le Cartel
scénographie et lumière Yves Collet,
collaboration lumière Christelle Toussine, construction du décor Franck Lagaroje
assistante mise en scène Emilie Prévosteau, son Thomas Carpentier, costumes Raffaëlle Bloch, conseiller illusion Nicolas Hédouin

Avec Bernard Bloch, Olivier Cruveiller, Philippe Dormoy, Christian Pageault, Evelyne Pelletier

 


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *