« Ravie », une Chèvre de Monsieur Seguin qui nous laisse sur notre faim

8 avril 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Pour clôre sa saison 2015-2016, Le Mouffetard offre à son public de découvrir un spectacle de la Compagnie ContreCiel: Ravie, inspirée de La chèvre de Monsieur Seguin. La version proposée, fondée sur le très beau texte de Sandrine Roche, est visuellement et musicalement très ambitieux, et, la plupart du temps, parfaitement réussi. Reste une complexité dans l’imbrication des formes sollicitées qui brouille la compréhension, et une dramaturgie inégale, desservie par le foisonnement de propositions scéniques.

Note de la rédaction :

La chèvre de Monsieur Seguin est un classique de la littérature pour enfants, une œuvre presque inévitable d’Alphonse Daudet. Elle est ici donnée dans la version réécrite par Sandrine Roche, avec une langue brûlante et bouillonnante, qui est un délice à entendre sur scène, et une approche plus sensuelle et plus libertaire que la version originale un peu moralisatrice. L’interprétation en est juste, et les épisodes s’enchaînent dans une alternance jour/nuit très réussie, qui sert parfaitement la tension dramatique. De ce point de vue, rien à dire.

Rien à dire non plus sur l’inventivité visuelle et plastique, avec un décor complexe et inventif, qui crée des plans multiples sur une scène pourtant assez petite, et qui est entièrement pensé pour autoriser des jeux de lumière ou de chassé-croisés souvent très réussis. La projection de différentes oeuvres de Patrick Pinon, au style fort et coloré, rythme le récit et lui donne du relief. La marionnette de la Blanquette, créée par Aline Bordereau, est également très réussie, dans un style semi-réaliste. En parallèle de la pièce, les espaces du Mouffetard accueillent d’ailleurs une exposition consacrée au travail de ces deux artistes.

L’accompagnement musical, joué en direct par Fred Costa, est une très belle réussite, qui souligne élégamment les péripéties et les alternances jour/nuit.

En revanche, on a le sentiment que la compagnie a été trop ambitieuse sur la dramaturgie et la mise en scène. Le choix a été fait de solliciter (et d’imbriquer) énormément de techniques différentes – et, d’ailleurs, la marionnette de la chèvre, qui est la seule « vraie » marionnette réellement placée au cœur du récit, finit par être remplacée totalement par sa manipulatrice, tandis que Monsieur Seguin, excellemment incarné au départ par un comédien, se retrouve remplacé par une minuscule poupée dont on s’avouera qu’elle n’est pas très convaincante. Il y a, autour de ce jeu d’acteurs – prépondérant – et de cette manipulation de marionnettes – dont on regrette qu’elle n’ait pas été tenue jusqu’au bout puisqu’elle était très réussie – du théâtre d’objet, du théâtre d’ombres, au service de scènes oniriques, surréalistes, effrayantes ou extraordinaires.

Et, si ce foisonnement de techniques fonctionne d’abord très bien, avec une première moitié de spectacle qui est un pur ravissement, entre Seguin très bien campé, Blanquette adorable et chœur des fantômes des chèvres décédées franchement réussi dans son ambiguïté collégiale, on finit par se sentir perdu dans les jeux de bascule où les personnages se retrouvent incarnés sous diverses formes sur le plateau, parfois en même temps, parfois successivement. Non seulement cela trouble l’attention au récit, mais cela ne se fait pas toujours de façon lisible, ni au profit d’une technique aussi bien maîtrisée que la précédente. La tension dramatique se relâche alors, bien que la fin de la fable soit justement sensée être le point paroxystique du récit!

En conclusion, très beau, pas toujours lisible, et, surtout, il est douteux que le spectacle convienne à tous les âges: difficile à suivre, souvent très effrayant, parfois clairement sexuel, il ne semble pas convenir à un public d’enfants.  Les plus grands peuvent le voir jusqu’au 14 avril au Mouffetard.

 

Texte : Sandrine Roche (éd. Théâtrales 2014)
Mise en scène : Luc Laporte
Interprétation : Léa Ros, Isabelle Hurtin, Cyrille Bosc, Luc Laporte
Création marionnettes : Aline Bordereau
Musique et interprétation : Fred Costa
Lumières : Laurent Patissier
Graphiste : Patrick Pinon P-P
Décor : Compagnie Contre Ciel
Structure : Thierry Dufourmantelle

Visuels: (C) Brigitte Pougeoise


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: