Rachida Brakni époustouflante dans « Je crois en un seul Dieu », au Théâtre du Rond-Point

9 avril 2017 Par
Yaël Hirsch
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Après avoir mis en scène Chapitres de la chute et Femme non rééducable, c’est un autre texte du dramaturge italien Stefano Massini que le directeur de la comédie de Saint-Etienne, Arnaud Meunier, porte à la scène française. Et il confie les trois rôles de ce texte dur sur le terrorisme entre Palestine et Israël à Rachida Brakni. Pièce forte sculptée dans l’espace avec un minimalisme lumineux, Je Crois en un seul Dieu, donne lieu à une toute grande performance d’actrice.

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2003. On rapporte des coups de feux dans un café de Richon Letzion à Tel-Aviv. Flash-Back. Un an plus tôt, Shirin Akhras étudiante à l’Université de Gaza, s’apprête à entrer dans le combat armé et les attentats aux explosifs contre Israël. De son côté, la cinquantenaire Eden Golan, professeur d’Histoire, croit en la paix, peut-être pas maintenant, mais elle professe que les Palestiniens ont la même histoire que les juifs et espère la coexistence. Jusqu’au jour où elle réchappe d’un attentat dans un supermarché. Dès lors, non seulement elle ne dort plus la nuit, mais veut la sécurité, à tout prix. Soldate américaine envoyée en renfort de l’armée israélienne, l’Américaine Mina Wilkinson essaie de se blinder face à la violence ordinaire qu’elle observe en comparant ce Proche-Orient fait de checks-points et d’attentats-suicide à son nid protestant…

On connait la fin de la pièce et dès lors la tragédie peut commencer. Silhouette noire et visage intense dans un décor nu de béton fris, Rachida Brakni, tout à fait impressionnante, endosse à bras-le-corps chacune des trois figures qu’elle incarne. Par elle, on va là où l’on ne voudrait pas aller : dans la tête d’une terroriste avant-tout, mais aussi dans la terreur haineuse d’une survivante traumatisée et dans l’indifférence construite, main sur les hanches, d’une petite fille balancée au front. Il y a de la croyance, il y a du destin, il y a de l’absurde dans ce huis-clos où la lumière vient sobrement figurer le fracas des explosions meurtrières. Il y a aussi beaucoup de désespoir contre lequel l’actrice semble lutter en donnant vie, même un temps court, à trois femmes qui font leurs choix, aussi mortifères soient-ils.

Le texte lie jusque dans son titre en italien (Credoinunsolodio, je crois en un seul « odieux ») cette violence et cette mort à une guerre sainte. Pas sur que ce soir juste et pas sur que ce soit le propos de la mise en scène intelligente et fine de Arnaud Meunier qui donne à voir une violence aveugle, humaine et ancrée dans la danse, le jeu, les tomber et les lever d’une Rachida Brakni irradiante de tension. Je crois en un seul Dieu met mal à l’aise, crée le malaise et c’est tant mieux : le texte s’emballe, la lumière est crue et l’ombre douloureuse. Nous qui avions l’impression d’avoir vu à la télévision la violence, nous entrons dans ses rouages, peut-être d’autant plus frtemet que les attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Casher et du Bataclan résonnent fort. Et, malgré les années de conflit, malgré ce qui semblait inéluctable, l’on sort du théâtre à la fois abasourdi et à vif, en rage et plein de questions.

visuels : Sonia Barcet et affiche.