Présentation de « Le Nid de Cendre » par la classe libre du Cours Florent : aux âmes bien nées…

25 janvier 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Le week-end dernier, une série de représentations singulières avait lieu au Cours Florent : les élèves de la classe libre présentaient un extrait d’une œuvre en cours d’écriture, nommée Le Nid de Cendre. Une très belle expérience de théâtre, où la poésie brute du texte le disputait aux facéties des comédiens et de la mise en scène. Une belle réussite, et un auteur à suivre.

Toute La Culture s’est déplacé, curieux de la rumeur qui bruissait dans le petit monde du théâtre parisien, pour assister à une représentation (partielle) d’une œuvre en cours d’écriture, Le Nid de Cendre, représentée au Cours Florent par la classe libre qui a accueilli en son sein, ces deux dernières années, l’auteur de ce texte, Simon Falguières.

Le résultat force l’admiration, à tous points de vue. Non seulement la qualité du matériau dramaturgique, mais également la maturité des comédiens et des comédiennes de cette classe, servis par une mise en scène sobre et ingénieuse. On en ressort persuadé que l’on a assisté là à l’éclosion de beaux talents.

Le Nid de Cendre, c’est un projet un peu fou : une épopée en quatorze pièces, qui, mises bout-à-bout, racontent une fresque gigantesque impliquant plusieurs dizaines de personnages, le déclin d’un monde et sa renaissance, la lente transformation des consciences et des destins, le tout dans une grande variété de styles, de la farce au drame symboliste.

La présentation faite au Cours Florent réunissait trois de ces quatorze pièces. Force est de reconnaître que l’écriture en est très belle : des personnages singuliers et finement dessinés, des dialogues subtils, des situations bien typées et joliment enchaînées… Les enjeux sont élevés, aussi bien pour chaque personnage que pour le monde-imaginé qui s’écroule sous nos yeux : l’attention du spectateur est efficacement captée, par un théâtre qui ne s’est pas donné pour but d’être seulement divertissant. L’équilibre entre rire et pathos, entre pur ravissement et saisissement inquiet, est bien maîtrisé.

Ici, la convention tacite passée avec le spectateur, qui suppose la suspension de son incrédulité au profit d’une disposition rêveuse qui se prête à suivre l’auteur dans ses fantaisies, est sollicitée à plein. Le monde dépeint, ses personnages, ses situations, ne sont jamais totalement abstraits d’une réalité familière, mais sont en même temps toujours situés à une distance et avec un décalage qui rendent les pièces fantastiques, extraordinaires, oniriques. On peut ainsi y rencontrer, si on y entreprend la traversée des Limbes, Shakespeare, Sophocle et Homère se tenant compagnie. Tout n’est que fiction, mais, au sein de l’imagination fertile de l’auteur, on reconnaît trop bien des figures familières pour ne pas être troublé.

Il faut dire un mot de la langue, qui est très belle, et qui participe au caractère poétique de l’œuvre : non seulement les images et les symboles sont forts, l’imagination surprenante, le traitement des sentiments délicats, mais la mise en mots est excellemment faite. L’efficacité des dialogues ne cède pas à une exigence de recherche dans la formulation, et de nombreux passages, plus descriptifs, dont le Prologue, sont nettement lyriques.

Evidemment, on peut formuler des reproches de jeunesse autant au texte qu’à la mise en scène, mais on les pardonnera aisément au vu de la qualité de l’œuvre, surtout quand on la compare à certaines propositions sans poésie et boursouflées d’effets techniques que l’on peut voir en ce moment sur certaines scènes. De l’écriture, on pourra éventuellement regretter sa trop grande habileté, qui rend l’accès à l’œuvre ardu (mais le bon théâtre est-il un théâtre qui incite à la paresse?) : la multiplication et l’enchâssement des références et des métonymies peuvent dérouter, et on ne peut cacher qu’il ne s’agit pas d’un théâtre facile.

On saluera enfin l’admirable interprétation proposée par les élèves de la classe libre. Mention spéciale au comédien incarnant Monsieur Badile, qui réussit à camper un personnage tour-à-tour amusant et inquiétant, séducteur méphistophélique habité par une folie et une énergie peu communes. Tous les interprètes sont à un niveau admirable, avec peut-être une longueur d’avance pour les comédiennes. Tous les rôles-clés sont, en tous cas, convaincants.

Des noms à retenir, qui sont promis à un bel avenir. Une épopée qui, même dans ses démembrements, vaut la peine d’être vue. On ne saurait trop conseiller aux amateurs de théâtre de rester à l’affût…

Texte / Mise en scène : Simon Falguières
Avec : Antonin Chalon – Mathilde Charbonneaux – Camille Constantin – Frédéric Dokes – Anne Duverneuil – Charlie Fabert – Simon Falguières – Fleur Geffrier – Victoire Goupil – Pia Lagrange – Fannie Lineros – Louise Massin – Stanislas Perrin – Manon Rey – Mathias Zakhar

Création Lumière : Léandre Gans

Visuels: DR


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