Pour l’amour de Simone, la preuve par les femmes au Lucernaire

5 septembre 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Jusqu’au 15 octobre, Anne-Marie Philipe, Camille Lockhart, Aurélie Noblesse et Alexandre Laval sont Simone de Beauvoir et ses amants. Un théâtre classique au service d’une idée révolutionnaire avant l’heure : la libération sexuelle.
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« On ne naît pas femme, on le devient », au minimum, tout le monde doit entendre ces huit mots écrits en 1949. Rien de naturel, rien de biologique, rien d’évident. Et dès le choix de mise en scène d’Anne-Marie Philipe, l’image est claire : trois femmes, un homme. Elles sont majoritaires et toutes différentes. Lui est si frêle, trop fragile, il est celui qui ne compte pas, il est interchangeable, l’amant-jouet, qu’il s’appelle Jacques-Laurent Bost ou Nelson Algren. Ils peuvent être brillants, gagner un National Book Award, être fans de Sartre ( L’officiel, le seul pilier de Simone ), ils ne sont rien. Elle est une passionnée en crainte de disparition qui interdit à l’homme choisi de « devenir une ombre ». Elle sait, elle décide.

Simone n’est pas Beauvoir, elle est une femme amoureuse en une seconde à une époque où cela ne se fait pas, et où non seulement elle fera, mais officiellement. Ils sont tous « son amour », elle dit le désir, elle dit le manque insoutenable. Elle est trois, elle est plurielle, elle est absolument sincère dans ses passions aussi fragiles qu’adolescentes.

Les comédiennes nous font oublier par le texte qu’elle n’est n’est pas une femme du XXIe siècle, qui connait la pilule et les préservatifs.  La vie parisienne est au zénith, on boit à la Coupole, et dans des soirées interlopes. La vie dans les mots de Simone de Beauvoir est un jeu.

C’est totalement jubilatoire d’entrer dans l’intimité de celle qui a changé la vie de toutes les femmes qui l’ont lue. Cela devient drôle quand les filles minaudent de la même façon que vous ou votre meilleure copine au café d’en bas. L’idée du salon et des fauteuils confortables, propres aux confidences est une bonne idée, mais elle enferme le jeu dans un seul registre, très porté sur les postures et les regards. Si cette mise en scène où les comédiennes et le comédiens jouent assis pêche par un classicisme venant empêcher tout mouvement, le jeu des trois femmes et le texte excusent tout.

On doit tout à Simone de Beauvoir et Pour l’amour de Simone nous fait entendre que c’est son amour de l’état amoureux qui lui a servi de moteur. Sans ses « amours contingentes », elle n’aurait peut-être pas écrit Deuxième sexe, qui sait !  Elle autorise les femmes à boire du Whisky et à faire du plaisir de séduction un jeu délicieux.  On t’aime Simone.

Visuel : Affiche