Poésie survitaminée: « Le Jour du Grand Jour », ou le meilleur du théâtre forain

21 janvier 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

C’est le genre de spectacles sur lequel on a envie d’écrire des pages. C’est le genre de spectacle dont on a envie de conseiller à tout le monde d’aller le voir, tant on est saisi de l’urgence de le partager. Le Théâtre Dromesko présente jusqu’au 30 janvier « Le Jour du Grand Jour », spectacle vibrant d’humanité et de poésie, remède imparable à la grisaille de ce froid mois de janvier.

Le Théâtre Monfort accueille ces jours-ci la belle fantaisie du Thêatre Dromesko. Dromesko, c’est l’incarnation du rêve porté par un couple, Igor et Lily, co-fondateurs de Zingaro, qui ont agrégé d’autour d’eux une joyeuse troupe d’acteurs, de danseurs, de musiciens tziganes, accompagnés de leurs bêtes à poils et à plumes. Le théâtre qu’il présente est un théâtre forain, où se mêlent les genres dans la plus totale bonne humeur, avec un art consommé du spectacle. Quand la célébration de la fête peut côtoyer la représentation de la mort, dans une esthétique aussi délicate qu’aboutie.

Le thème autour duquel s’articule Le Jour du Grand Jour est le cérémonial. Cérémonie de mariage, d’abord et surtout, la plus sollicitée par le spectacle et celle qui l’a d’abord inspiré, mais bien d’autres rituels sont explorés, du baptême d’une yourte par le maire du village à la procession funèbre. Comme le présente joliment la troupe, « Comment le désir, la douleur pourraient-ils s’étaler aux yeux de tous sans ces rituels et leur cortège de décorums et de costumes »? La figure de la mariée sera donc le fil conducteur, explorée, détournée, multipliée, déconstruite pour mieux être élevée à autre chose. Car ce qui est montré, au-delà des rituels, évidemment, c’est la fragilité des existences, la dépendance mutuelle des êtres qui se débattent contre leurs failles et leur solitude, leur rencontre indispensable et salvatrice. C’est beau, et poignant, sans jamais que le propos soit pesant ou didactique.

Le spectacle, qui commence dans une anarchie joyeuse et foisonnante, semble se structurer, finalement, autour du défi de surprendre toujours le public, de lui offrir autant de tableaux loufoques, surréalistes et finalement poétiques qu’il est possible au milieu d’instants triviaux de convivialité: repas de noce arrosé, valse des amants, l’extraordinaire peut surgir partout et rien n’est finalement jamais vraiment conforme aux apparences.

Quand le rythme ralentit et que le voile de la réalité se déchire, des moments de grâce absolue peuvent avoir lieu, peints par des lumières caressantes, incarnés avec une intensité et une beauté rare par les interprètes. Il peut s’agir d’une danse, il peut s’agir d’une transe, il peut s’agir d’un air de violoncelle ou d’un chant tzigane, le public est saisi au cœur, chaque fois, et communie au travers des vagues d’émotion qui déferlent du plateau coincé entre deux gradins en disposition bi-frontale, comme un chemin de procession.

Puis, la seconde d’après, le rire est de retour. Les sons de la fête s’ébrouent dans l’air. La vie bouillonne dans ce spectacle, la joie éclabousse le public, l’énergie et la chaleur humaine qui circulent dans le petit temple où se réalise ce miracle sont communicatifs.

La troupe quittera les spectateurs sur une proposition finale surprenante, à la fois funèbre, poétique et conviviale, les cueillant une fois de plus à l’extrémité d’un temps suspendu, au bord de l’instant où la larme aurait pu pointer si elle n’avait été aussitôt exorcisée par une attention bienveillante et un éclat de rire.

On en ressort ragaillardi, admiratif devant tant de beauté esthétique, touché par l’humanité des interprètes, un brin mélancolique peut-être mais abasourdi par l’alliance de la maîtrise technique et d’une générosité débordante.

Un spectacle magique, sur ce qui nous lie ou nous délivre. Un spectacle où une fantaisie débridée nous ramène avec grâce au bonheur d’être ensemble, divers, joyeux, émus, dans une communion bordélique et foutraque.

Il est des spectacles qui donnent envie de prendre un ami cher par la main, et de dire: “Viens, allons-y ensemble.”

Le Jour du Grand Jour est l’un de ces spectacles.

Si vous manquez l’occasion de le voir au Monfort, il sera programmé au 104 au mois de février.

Conception, mise en scène et scénographie: Igor & Lily
Texte: Guillaume Durieux
Jeu, danse, musique: Florent Hamon, Tom Neal, Lily, Guillaume Durieux, Violeta Tod?-González, Igor, Zina Gonin-Lavina, Revaz Matchabeli, Manuel Perraudin et Valérie Perraudin
Son : Philippe Tivillier et Morgan Romagny
Lumière : Fanny Gonin
Construction décor : Philippe Cottais
Costumes : Cissou Winling assistée de Catherine Sardi
Visuels: (C) Fanny Gonin


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