Pippo Delbono au Théâtre du Rond-Point

21 janvier 2010 Par
Christophe Candoni
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L’artiste italien, acteur et metteur en scène, Pippo Delbono reprend au Théâtre du Rond-Point sa dernière création « La Menzogna », que l’on a pu découvrir cet été au Festival d’Avignon. C’est un spectacle singulier, déroutant, fortement engagé qui repose sur la colère et les émotions personnelles de son auteur face à plusieurs évènements survenus en Italie. L’incendie de l’usine ThyssenKrupp de Turin est le point de départ de la pièce. Le propos est percutant et face à une économie quasi totale de la parole, l’expressivité radicale des corps attire notre attention.

Pippo Delbono, habillé en costume noir, anime et commente de la salle son propre spectacle à la manière d’un amuseur triste, une sorte de Monsieur Loyal désabusé à la voix grave. Pourtant, il est convaincu que le théâtre est une tribune où il peut crier sa colère au monde : un cri de rage pour dénoncer le double discours médiatique et publicitaire jugé trompeur et  aller à l’encontre de la pensée unique dictée par la « morale » religieuse et politique. Un appareil photo numérique à la main, il veut devenir le témoin du malaise de notre époque avec comme obsession la volonté de ruer dans les brancards et de rendre visible ce qui n’est apparement pas montrable, ce dont on ne veut pas entendre parler, c’est-à-dire la douloureuse réalité de nos sociétés.

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Une fois de plus, il met en scène ses fidèles compagnons de route comme Bobo et d’autres, une vingtaine d’acteurs sur scène, parfois pour de simples apparitions, et présente une humanité brisée par les difficultés de la vie, le quotidien du travail. En citant Shakespeare et la célèbre réplique « en venant au monde, nous pleurons de paraître sur le théâtre des fous », il nous interroge sur la relativité de la folie, sur la mince et indéfinissable frontière entre la normalité et la marginalité.

On est touché par la sincérité du propos mais on se demande pourquoi Pippo Delbono ne met pas plus de mots sur ses interrogations. On regrette que le spectacle ne soit pas plus construit sur une histoire ou une progression dramatique. Son langage se forme sur des images isolées, brutales et saisissantes accompagnées de musique. Les corps, d’abord étriqués et silencieux dans des uniformes de travail ouvrier, se libèrent et se déchainent dans un dérèglement des sens sur le puissant Sacre du Printemps de Stravinsky.

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Cette colère se transforme en une demande d’amour, hurlée dans un micro par une actrice qui joue un célèbre passage de « Roméo et Juliette ». Puis, Pippo Delbono,  sur le devant de la scène, s’adresse au public et demande Pardon d’être lui-aussi un mensonge et se déshabille dans une quête de la vérité. Il nous rappelle que nous sommes tous amenés à jouer des rôles dans ce théâtre qu’est le monde.

Vous trouverez ici la critique d’Audrey Saoli qui a vu le spectacle pour La boîte à sorties en Avignon cet été :

http://toutelaculture.com/2009/07/une-semaine-au-festival-d%e2%80%99avignon-4/

A noter aussi une rencontre publique avec Pippo Delbono, le dimanche 31 janvier à l’issue de la représentation de La Menzogna. Ce sera l’occasion d’une dédicace à la librairie du Théâtre suivie de la projection de son long métrage « La Paura ». Puis,  Pippo Delbono donnera une lecture de son texte « I Racconti di giugno » le lundi 1 février à 20H30.

La Menzogna, à 20H30, jusqu’au 6 février 2010 au théâtre du Rond-Point, 2bis avenue Franklin D. Roosevelt, 8 arr. 01 44 95 98 21. www.theatredurondpoint.fr