« Pierrot lunaire » : un théâtre lyrique avec marionnettes d’après l’œuvre d’ Arnold Schönberg à l’Athénée.

28 mars 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Le vin que l’on boit par les yeux- A flots verts de la Lune coule – Et submerge comme une houle – Les horizons silencieux. Par ces vers commence le texte d’ Albert Giraud. C’est beau, mystérieux, raffiné et envoûtant. Comme Ce Pierrot lunaire de Schönberg présenté depuis le 14 mars à l’Athénee – Louis Jouvet.

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Au-dessus d’une estrade noire, un ensemble, un piano et un pupitre comme suspendus, bientôt un chef d’orchestre entre en tenue d’apparat japonaise et lance les musiciens. La musique de Schönberg offre une importance comparable aux douze notes de la gamme chromatique, et s’exonère ainsi de la tonalité aura une influence marquante sur une part de la musique du xxe siècle. Pour son Pierrot Lunaire Schönberg souhaita par ailleurs que le texte en allemand d’après le poète décadent belge Giraud soit chanté selon la modalité de la voix parlée-chantée, Sprechgesang que Schönberg liée généralement au fantastique et à la subjectivité et à l’ironie.

Emporté et accompagné par la musique de Schönberg, le spectacle se divise en deux mouvements dans un spectacle précieux. Pierrot Lunaire nous arrive après « Quatorze manières de décrire la pluie » d’Hanns Eisler une création vidéaste magnifique et stupéfiante de force. Le masculin de la pluie fait place dans une rupture délicieuse au féminin de la lune.

Le bunraku est un type de théâtre japonais datant du 17e siècle. Les marionnettes de grandes tailles sont manipulées à vue par trois manipulateurs qui respectent un art traditionnel dans une hiérarchie codifiée. La pièce Pierrot Lunaire est ainsi présentée par des maîtres du bunraku.

Dilettante Pierrot semble errer sous la lune à la recherche de l’inspiration. Pierrot est amoureux de Colombine et Colombine est amoureuse de Pierrot  mais l’affreux Cassandre voudrait lui aussi l’épouser. Hélas Colombine est enchaînée et par désespoir, se suicide avec le propre katana de Pierrot. Ce dernier est assailli de pensées affreuses et il se laisse aller à toutes les faiblesses. Peu à peu il retrouvera la paix et entreprendra un voyage vers Bergame sa ville natale.

Le mélodrame allégorique se joue devant nous et par le talent des manipulateurs, par l’engagement de l’interprétation de Marie Lenormand l’émotion circule dans la grande salle de l’Athénee, le public s’émeut de la mort de Colombine, l’expérience esthétique est radicale et soutenue.

Schonberg qui était aussi peintre n’aurait rien critiqué de la proposition de Jean-Philippe Desrousseaux, tant l’émotion esthétique produite par chaque tableau est forte.


Pierrot lunaire

théâtre lyrique avec marionnettes
d’après l’œuvre d’ Arnold Schönberg
sur 21 poèmes d’ Albert Giraud
précédé de Quatorze manières de décrire la pluie d’ Hanns Eisler
mise en scène Jean-Philippe Desrousseaux
direction musicale Takénori Némoto
avec l’ Ensemble Musica Nigella
24 > 31 mars 2017
durée : 1h sans entracte salle : grande salle
avec la chanteuse Marie Lenormand (les 24, 25, 28, 29, 30 mars), Fiona McGown (le 31 mars)
avec les marionnettistes Gaëlle Trimardeau, Bruno Coulon, Antonin Autran, Jean-Philippe Desrousseaux
avec les musiciens Pablo Schatzman, Annabelle Brey, Anne-Cécile Cuniot, François Miquel, Nicolas Ducloux

adaptation, scénographie et costumes Jean-Philippe Desrousseaux
lumières François-Xavier Guinnepain
vidéo Gabriele Alessandrini
chef de chant et piano Nicolas Ducloux
traduction en allemand Otto Erich Hartleben


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