« Outpost »: les marionnettes aussi se heurtent aux frontières

11 juin 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Ces jours derniers se déroulait au théatre de l’Atalante le second Pyka Puppet Estival, festival de marionnettes et de théâtre d’objet. On pouvait y voir le très beau et très sensible Outpost des franco-anglais de Green Ginger, un spectacle intelligent sur les frontières, autant celles qui séparent les pays que celles qui divisent les coeurs des hommes… et des autres créatures!

Note de la rédaction :

Outpost est un spectacle qui a été créé en 2015, mais qui possède déjà une solide petite réputation, notamment suite à son passage au Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes. Réputation amplement méritée: c’est un spectacle extrêmement réussi visuellement, sensible, poignant même, qui prend prétexte d’une histoire somme toute assez simple pour déployer une belle narration à plusieurs niveaux de lecture.

Ce qui reste le plus longtemps, quand on est sorti d’une représentation d’Outpost, c’est sans doute des images du spectacle, tant il est vrai que les marionnettes, à l’échelle 1/2, et les décors sont incroyablement travaillés et ingénieux. Les trois manipulateurs anglais sont aussi joliment costumés, mais ils s’effacent très efficacement derrière les trois marionnettes humaines… et derrière les non-humaines tout aussi bien. L’ingéniosité du décor doit être tout particulièrement notée, le castelet subissant des évolutions surprenantes pour figurer des ambiances sous-terraines extraordinairement bien réussies. La manipulation des marionnettes à gueule est très fluide, avec quelques effets de perspective bien pensés et amusants.

Sur la base de prémisses assez convenues et de personnages plutôt caricaturaux, on se retrouve transporté, par quelques pirouettes délicieusement absurdes et parfaitement assumées, dans des situations rocambolesques et fantastiques, qui réussissent le tour de force de rester très lisibles tout en étant parfaitement farfelues. De la distanciation du familier, quand l’aventure la plus étrange a de douloureux échos de réel, en même temps que l’étrangeté finit par confiner au poétique! Pour résumer, du Jules Verne mâtiné de géopolitique contemporaine! Evidemment, c’est un spectacle qui ne s’inscrit pas innocemment dans son temps: il est évident que le thème ne peut pas ne pas résonner avec l’actualité, telle qu’elle se déroule notamment aux frontières de l’Union Européenne. Le sujet n’est jamais traité directement, mais ce spectacle, au-delà de son happy end un peu convenu, est une ôde à la fraternité, à l’intelligence, au souci de l’autre. C’est un conte avec une morale, une jolie histoire émaillée de plaisanteries, de clins d’oeil, de péripéties absurdes, et de réflexions plus profondes semées au fil du récit.

Un spectacle très agréable à regarder, très original, assez sombre, à la scénographie très aboutie et à l’humour noir ravageur. Très bien écrit, le seul inconvénient étant apparemment qu’il faut parler couramment anglais pour en profiter: la représentation à laquelle nous avons assisté n’était pas surtitrée!

A recommander à tous les âges: les adultes y trouveront largement leur compte (il est peu probable que les plus jeunes comprennent à quel point la « méchante » de l’histoire ressemble à Margaret Thatcher…), les plus jeunes seront ravis par l’histoire et les visuels, même si certaines scènes impressionnantes mènent probablement à déconseiller le spectacle en dessous de 8 ans.

OUTPOST Trailer from Green Ginger on Vimeo.

Conception: Cie Green Ginger
Texte: Mike Akers
Mise en scène: Joseph Wallace
Jeu: Adam Fuller, Kim Heron, Dean Sudron, Chris Pirie
Production : Green Ginger
Visuels: © Green-Ginger Edit CROP


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