[AVIGNON OFF] ORPHANS, se créer un père de toute pièce.

8 juillet 2016 Par David Rofé-Sarfati | 1 commentaire

Philadelphie, deux frères vivent seuls dans une grande maison depuis la disparition de leurs parents. L’aîné, Treat, est un petit délinquant qui vole les passants, armé de son cran d’arrêt. Phillip, cloîtré chez lui, est  un garçon un peu lunaire.  Treat a pour habitude de le terroriser. Un soir, Treat ramène chez eux un homme alcoolisé, Harold qui semble fortuné. Harold s’endort et les deux frères découvrent dans sa mallette beaucoup plus d’argent qu’ils ne l’imaginaient. Ils décident de le garder en otage pour l’échanger contre une rançon …Ils découvriront qu’il est aussi un orphelin, qu’il fut  élevé à l’assistance publique et ils obtiendront de lui quelque chose d’au delà de la richesse…

La pièce a rendu célèbre son auteur, tant aux Etats unis que dans le reste du monde. Alec Baldwin fut Harold dans une reprise en 2013. Plébiscitée par de prestigieux admirateurs parmi lesquels Lou Reed et Tom Waits, la pièce a été adaptée au cinéma par Alan J. Pakula avec Albert Finney, Matthew Modine et Kevin Anderson (Les Enfants de l’impasse, en 1988).

C’est la première fois que la pièce est adaptée et jouée en France. Une bonne raison pour foncer la voir. Il faut la voir aussi pour ce qu’elle nous dit.

Les américains ont cette faculté et cette habitude de créer des mythologies. Il y a de la tragédie grecque dans cet ORPHANS. Les personnages,  comme des paraboles,  nous renvoient autant à nos propres questionnements qu’ils échappent à notre emprise. Nous sommes fascinés par eux sans jamais parvenir à nous y attacher. Sylvy Ferrus a su faire émerger de ses comédiens ce biais de l’insaisissable, qui nous donne à nous penser nous même.

La pièce est éminemment psychanalytique en cela qu’elle rend compte de nos psychés. Nous avons tous en nous les personnages de la pièce: Phillip, caché, peureux, phobique; Treat, avec sa rage et sa colère, avec son vécu du  mépris des autres. Nous savons simplement nous contenir dans les limites sociales, là où Treat n’y parvient pas. Harold, promet aux deux ados de les comprendre, les accomplir, les combler, les compléter. Nous sommes tous restés des enfants et Harold sera peut être  le père que  nous recherchons tous.

Etienne Menard est un Harold, surprenant, charmant et dérangeant,  sombre et pourtant volontaire.  Bastien Ughetto est un Philip admirable alternant l’hyperactivité autistique et l’abattement dépressif. Vincent Simon interprète le grand frère Treat, jouant la figure autoritaire d’un père de substitution et celle enveloppante jusqu’à l’étouffement d’une mère morte trop tôt.

Cette pièce parle  de la construction difficile de l’individu sans un regard paternel, bienveillant et encourageant. Comment faire sans père? Se le créer de toute pièce ou le kidnapper. Mais on ne remplace pas facilement un père qui n’a jamais existé ailleurs que dans le manque. Tout ceci est il réel?  La scène géniale où Treat interdit à Philip de toucher Harold renvoie à cette question du père réel. Harold existe-t-il vraiment? Ne touchons pas au magique sauf au risque de le faire disparaitre.

La pièce gardera un écho en nous. La scène finale (sans spoiler) ouvre à une idée que seule une femme, Sylvy Ferrus aura su pousser. Derrière un père encourageant, se cache certainement un père maternant, se cache au fond une mère.

Orphan, de Lyle Kessler, mis en scène par Sylvy Ferrus,


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COMMENTAIRES:

  1. lebel

    Orphans est absolument à voir .les jeux des acteurs sont remarquables.ils sont tous les trois excellents .

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