Old Times au Théâtre de l’Atelier

25 avril 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Benoît Giros signe une adaptation élégante et sur le fil de la pièce de Harold Pinter. Si à l’image du théâtre de ce dernier, tout semble comme suspendu, le spectateur peut parfois décrocher.

Note de la rédaction :

Avec Old Times, Pinter est au sommet de son art du clair obscure. Dans cette pièce, présent et passé s’entrechoquent, réalité et rêve se mélangent, fantasme et vécu se confondent. Texte aux strates et aux lectures multiples, Old Times désoriente le spectateur qui doit sans cesse tenter de démêler les nœuds et les fils que les personnages prennent un malin plaisir à déployer et s’efforcer de tisser la trame de ce huit clos mélancolique.

Dans l’atmosphère chic d’une maison en bord de mer, un éditeur et sa femme attendent une amie de celle-ci. Une amie certes, mais pas n’importe laquelle, son unique amie et non sa meilleure. Dans une époque que l’on pense révolue, les deux jeunes femmes ont partagé un appartement et arpenter ensemble Londres, courant les expositions et autres performances. Des temps anciens, ceux de l’insouciance, qui pourtant, en cette douce soirée, n’ont jamais semblé aussi présents. Si cette jeunesse perdue s’actualise en une absence présente, c’est peut-être surtout parce qu’elle a été en partie imaginée. Tout l’enjeu de la pièce réside, en effet, dans la confrontation des souvenirs et des fantasmes des différents personnages. Car le mari qui, pourtant le dément fortement, n’a-t-il pas déjà rencontré Anna ? Qui était qui ? Qui était avec qui ? Qui a fait quoi avec qui? Ces « old times » ne se laissent pas apprivoisés aussi facilement qu’on le souhaiterait. Personne, ni les personnages, ni les spectateurs – ni peut-être Pinter lui-même, ne paraît en mesure d’en percer tous les secrets.

L’intérêt de l’adaptation de Benoît Giros réside dans sa manière de laisser planer le mystère. Pour certains spectateurs, ce squelette, cette absence de chair, paraîtront bien maigres et insuffisants pour franchir l’aporie entre passé et présent. Tel le flux et le reflux de la mer, le vécu apparaît pour si tôt disparaître, tel les modulations d’éclairage qui distingue les différents points de vue, il se diffracte en une succession de flashs. Troublante également est l’interprétation des acteurs. L’énigmatique Marianne Denicourt cache bien son jeu ; Emmanuel Salinger se joue d’une fausse sincérité au risque parfois de surjouer. La partition d’Adèle Haenel est pour le moins difficile puisqu’elle doit donner corps à un personnage fantomatique puis réel, réel puis rêvé. Habituée des rôles forts, on a peur au début qu’elle emprunte trop largement au personnage qui lui a valu son César. Mais, au cours de la pièce, son interprétation s’affine et une certaine complicité se noue véritablement entre les deux comédiennes, entre les deux amies ? De l’envoûtement au vide, tel est donc le chemin ténu que Benoît Giros explore à tâtons proposant ainsi aux spectateurs un espace temps suspendu, un instant que certains d’entre eux trouveront certainement bien trop long …


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