« Nature morte dans un fossé », un thriller théâtral totalement déjanté !

12 mai 2017 Par
Magali Sautreuil
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En avant-première, du 11 mai au 11 juin 2017, le thriller théâtral de Fausto Paravidino investit le théâtre de la Manufacture des Abbesses, à Paris, avant d’être présenté au théâtre Le Pandora, lors du Off du festival d’Avignon, du 7 au 30 juillet 2017. Chose peu commune pour le genre, on rit. On rit car l’auteur nous livre ici une enquête policière totalement déjantée, avec des personnages hauts en couleur, renforcée par une mise en scène sobre, mais efficace.

Affiche de la pièce

Dans un coin paumé d’Italie, quelque part entre Gênes et Milan, Boy, un jeune homme de bonne famille quelque peu éméché, rentre chez lui. La soirée fut longue pour lui. Obligé de se taper soixante bornes pour raccompagner une grosse chez elle et tirer un coup vite fait, le gars est un peu à cran et perd le contrôle de son véhicule. Sa caisse est morte, lui n’a rien. On ne peut pas en dire autant de la jeune femme qu’il découvre dans un fossé à proximité. Boy vient de décrocher le gros lot : il a chopé un ticket avec une morte, une ado du nom d’Élisa Orlando. Battue à mort, le visage tuméfié, celle-ci est méconnaissable.

L’enquête est confiée à l’inspecteur Salti, un vieux flic blasé, revenu de tout, flanqué de deux acolytes pas très futés. Il a seize heures avant le journal télévisé du soir pour donner un nom et une identité, à la fois à la victime et à son tueur. Il a seize heures pour assembler les différentes pièces du puzzle avant que la nicotine et le café ne viennent à bout de lui. Seize heures pendant lesquelles nous voyageons dans une société désenchantée, un monde où l’argent est roi et où règnent la misère et la violence. Pour résoudre ses problèmes de thunes, on revend de la drogue, on se prostitue, on joue les maquereaux, on essaie d’extorquer un peu fric par-ci, par-là, en s’improvisant maître-chanteur…

Chacun des six protagonistes tente de s’en sortir seul, sans oser espérer aucune aide de qui que ce soit. Même entourés de leur famille, la solitude des personnages demeure : la mère éplorée, dont le chagrin la plonge petit à petit dans la folie, se rend compte qu’elle ne connaissait pas sa propre fille, dont les médecins légistes s’apprêtent à fouiller dans ses viscères pour révéler ses secrets. Sans leur chère Élisa pour les réunir, le couple disparaît pour laisser place à deux étrangers.

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Élisa Orlando et sa mère

Ce sentiment de solitude est notamment renforcé par l’absence de dialogue entre les personnages, qui nous livrent leur propre version des faits jamais de manière directe, mais en se lançant dans un monologue. Tout ceci contribue à nourrir le mal-être ambiant, celui d’une société qui n’est plus qu’une juxtaposition d’individus et dans laquelle les rapports humains se sont dissouts.

Cependant, malgré son aspect macabre, cette pièce n’en est pas moins comique. Les deux dealers à la petite semaine que sont Pusher et le petit ami d’Élisa sont à mourir de rire ! Ce sont deux personnages totalement déjantés, paumés, qui ont de très gros problèmes d’argent et qui ont à la fois les keufs et la mafia du coin sur le dos. S’ils passent un mauvais quart d’art, c’est pour notre plus grand plaisir, plaisir prolongé par la justesse du jeu des acteurs nous plonge au cœur de l’intrigue.

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Pusher et le petit ami d’Élisa

Le décor, épuré et facilement modulable, est organisé autour d’un écran central. Différents types d’images y sont projetés durant le spectacle : des moments de la vie d’Élisa, son mal-être, des gros plans de son cadavre, les lieux où se déroulent l’intrigue (une route, une station-essence, de belles demeures bourgeoises, des piaules sordides de dealers, des boîtes de nuit, un hôpital, une morgue, une salle d’interrogatoire du commissariat… La vidéo permet tantôt de dédramatiser la situation, tantôt d’en accentuer la violence.

En tout, ce sont dix-sept monologues, six voix, une victime, un assassin, une enquête, une pièce policière à la fois macabre et drôle, un jeu d’acteur juste et puissant, une mise en scène sobre et efficace, qui nous tiennent en haleine d’un bout à l’autre de l’histoire. Que demander de plus ?

Informations techniques et pratiques :

Titre : « Nature morte dans un fossé »

Genre : Théâtre contemporain / Polar

Scénario : Fausto Paravidino

Mise en scène : Céline Lambert, assistée par Gwanaëlle Hérault

Scénographie : Adeline Gauvreau

Costumes : Alessia Bellasaï

Musique : Olivier Darcourt

Vidéo : Clémence Pogu

Distribution : Gwanaëlle Hérault dans le rôle de Mother, Isabelle Couloigner dans celui de Bitch, Romain Pirosa dans celui de Boy, Melchior Carrelet dans celui du Boyfriend, Mehdi Harad dans celui de Pusher et Raphaël Beauville dans celui de Cop / l’inspecteur Salti

Lieux, dates et horaires : Théâtre de la Manufacture des Abbesses à Paris, du 11 mai au 11 juin 2017, les jeudis, vendredis, samedis à 21h et les dimanches à 17h, puis, théâtre Le Pandora à Avignon, du 7 au 30 juillet 2017, tous les jours à 16h30 (relâches les 11, 18 et 25 juillet 2017)