« Nathan !? » une mise en scène remarquable de Nicolas Stemann à la MC93

1 octobre 2017 Par
Diane Royer
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Du 27 septembre au 7 octobre, la MC 93, Bobigny, accueille « Nathan !? », une mise en scène de Nicolas Stemann, qui se réfère à Nicolas le Sage, une pièce de Gotthold Ephraim Lessing écrite en V actes, en 1779, et à des textes de l’écrivaine contemporaine Elfriede Jelinek sur le terrorisme.

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Nathan le Sage, un commerçant juif établi à Jérusalem, revient de voyage et apprend que sa maison a brûlé, que sa fille adoptive, Recha, a été sauvée des flammes par un chevalier chrétien de l’ordre du Temple. Nathan souhaite le remercier, mais celui-ci refuse. L’intrigue se déroule durant une trêve de la Troisième croisade, à la fin du XIIe siècle. Le Templier a été cependant gracié par le Sultan musulman Saladin, pour sa ressemblance avec le frère disparu du dirigeant.

Écrite à l’époque des Lumières, en Allemagne, « Nathan le Sage » est une hymne à la tolérance religieuse qui se fonde sur la parabole des trois anneaux, l’un authentique et les deux autres factices, chacun incarnant l’une des trois religions monothéistes, mais tous indifférenciables. Si Nicolas Stemann se réfère à cette oeuvre, il la confronte avec l’actualité, avec des textes de Jelinek sur le terrorisme contemporain. Une double lecture émerge alors. Le propos de la pièce de Lessing semble dépassé car les sociétés du XXIe siècle ne sont pas parvenues à une entente pacifique, ne cessant de se déchirer pour dominer. Les attentats terroristes dont Jelinek fait référence en sont la preuve. La tolérance est-elle encore concevable, malgré les échecs ? Ce double niveau apparaît notamment dans la cohabitation sur scène de comédiens en habit d’époque avec d’autres avec des vêtements contemporains. Peut-être, « Nathan le Sage » et d’autres oeuvres prônant la tolérance devraient-elles être rejouées, si l’Histoire se répète…

Chez Stemann, « Nathan !? » n’est plus sage, il n’est qu’interrogations et mise en question. Le metteur en scène met en doute la sagesse de ce personnage qui impose la tolérance. Tout au long de la pièce, est clamé « Nous devons être amis » et, plus tard, « Nous devons être Charlie ». Que devient la liberté dans une dictature de la tolérance ? La pièce n’apporte pas de réponse, elle dénonce la bien-pensance d’une société qui se croît « évoluée » pour avoir troquée ses guerres de religion contre le colonialisme, puis contre le nationalisme.

La mise en scène malgré quelques longueurs, la diversité des moyens techniques et scéniques employés et l’exploitation de l’espace, le jeu des comédiens et la confrontation des textes de Lessing et de Jelinek rendent « Nathan !? » incontournables.

 

Visuel : photo officielle du spectacle