Natalie Dessay est le feu sous la glace dans « Und »

2 mai 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

Pour ses débuts au théâtre dans Und d’Howard Barker mis en scène par Jacques Vincey, la star adulée de la scène lyrique, Natalie Dessay, se défait de ses afféteries de diva d’opéra et se met à nu sous une intempestive pluie de glaçons fondus. Impressionnant.

Seule, debout, immobile, apprêtée, elle attend. L’homme est en retard, à moins qu’il ne vienne pas. Alors, elle se lance dans une longue et intense divagation aux accents beckettiens, hantée par des images, des visions schizophrènes, insaisissables, hantée par l’abîme dans lequel elle se trouve.

L’idylle est finie, la mort rôde chez le dramaturge britannique. Dans un texte à la fois dense et elliptique, empreint d’un énigmatique mystère, Barker explore le statisme, le déséquilibre, l’inconfort d’une existence faussement imperturbable, réduite au climat menaçant et moribond d’un petit espace blanc insulaire qui emprisonne autant que la parole libère. Le discours s’offre heurté, décousu, itératif et continuellement interrompu. Obnubilée par la judéité et l’aristocratie, génialement irascible et irritante pour garder ostensiblement la face, elle se montre sèche ou compulsivement extatique, hystérique, magnifiquement démunie. Elle veut briller, éblouir, avec une extravagance et une vulnérabilité mêlées qui confinent à un état instable, intangible, voisinant avec la folie. Dans un premier rôle dramatique ô combien difficile, Natalie Dessay déploie un vibrant et sincère appétit de jeu. Elle impressionne en multipliant une variété sidérante de mouvements, de registres et de ruptures, à mesure que son personnage s’emballe, se dépasse, se résigne, se défait.

En scène, elle est accompagnée du musicien Alexandre Meyer qui a écrit et joue en direct une composition envahissante faite de littérales brisures de verres et sonneries de portes à répétition. Dans une scénographie spectaculaire, mais un peu trop grandiloquente, d’imposants blocs de glace suspendus aux cintres gouttellent avant de chuter avec fracas sur le sol éclaboussé. L’effet est d’une grande beauté mais Natalie Dessay possède elle seule la force d’évocation requise pour donner à voir comme tout échappe autour d’elle ; un délitement qui ressemble moins au chaos qu’à une apothéose.

Photo © Christophe Raynaud de Lage


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