« Mois Molière 2018 » : « Falstaff » interprété par Mastoc, sa bedaine et son humour mordant

25 juin 2018 Par
Magali Sautreuil
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Création du « Mois Molière 2018 », le « Falstaff » de Shakespeare revisité par Mastoc et Jean-Hervé Appéré est, non pas un drame, mais une comédie, mordante, drôle et surtout extrêmement bien pensée et interprétée. Shakespeare a de quoi être inquiet !

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« Il y a quelque chose de pourri dans le royaume d’Angleterre » et il s’agit de John Falstaff, « une grosse montagne de saindoux, poltron par instinct », mais dangereux, car considéré comme un des plus grands « corrupteurs de la jeunesse ».

Mais Falstaff n’est pas le seul personnage principal de ce spectacle, puisqu’il partage l’affiche avec Mastoc, un comédien, lui-même interprété par un autre acteur, Jean-Hervé Appéré, qui est aussi le metteur en scène. Ça paraît compliquer, mais ne vous inquiétez pas, on s’y retrouve tout à fait : John Falstaff parle avec un accent anglais, tandis que Mastoc n’en a pas.

affiche

Mastoc et Falstaff, c’est une longue histoire… Ils partagent la scène depuis les années 50, depuis que Mastoc a perdu de vue son frère Moustic dans le bombardement de leur théâtre en 48. Le rôle lui est tombé dessus un peu par hasard, en raison de deux traits communs : leur humour et leur bedaine. Depuis, pour retrouver Moustic, il sillonne le monde, de théâtre en théâtre, en jouant… « un gros sur scène », « exsangue et limité… comme le budget de la Culture ».

Faute de moyens, Mastoc doit donc interpréter à lui seul et avec panache tous les personnages de Shakespeare. Autant vous dire que le rôle est très physique et que le pauvre terminera en nage ! Mais rien ne semble effrayer ce véritable homme-orchestre, à la fois conteur, comédien, musicien, metteur en scène et bien d’autres choses encore ! Son jeu très expressif est digne de la Comedia dell’arte !

Afin de le seconder, il peut néanmoins compter sur… des instruments de musique : une trompette et son or fatigué pour le prince et futur roi d’Angleterre Henri IV, un violoncelle pour son amoureuse…

trompette

Ses accessoires sont eux-aussi assez sommaires : un couvercle de casserole en guise de bouclier, une scie à main comme épée, un oreiller royal pour ceindre la tête du souverain… Vous l’aurez donc compris et Mastoc le dit lui-même très bien sur scène : « Les décors ont la richesse de l’imagination, surtout de la vôtre ». Mais avec trois fois rien, Mastoc parvient à nous transporter dans celui de Falstaff, ainsi que dans le sien : il nous aide à imaginer un décor plus somptueux, plus réel. Excellent conteur, il nous embarque dans les aventures burlesques de Falstaff, comme si vous y étiez ! En effet, Mastoc a l’art et la manière d’interpeler le public et de l’associer à la pièce, en s’adressant directement à lui, lors de ses nombreuses apartés.

Mais Mastoc ne se contente pas de nous raconter l’histoire du vieux John Falstaff, dont plus personne ne veut la compagnie, il nous parle aussi de lui, de son quotidien… car, si Falstaff est un personnage du XIVème / XVème siècle, Mastoc est quant à lui un comédien bien de son temps. Il regrette que le manque de budget pour la Culture, parle de la France insoumise, des En marche, d’un certain Jupiter, « des oreilles avides de scandale », « des mensonges et de la haine qui déchirent le monde »… Ces allusions à notre époque sont distillées tout au long du spectacle et tombent toujours à point nommé. Mastoc croque notre monde, à la manière d’un caricaturiste, d’un trait simple, mordant et surtout drôle. Il faut bien avouer que notre homme ne manque ni d’humour ni d’autodérision. L’un des moments les plus mémorables est le sacre d’Henri IV commenté par Mastoc, imitant Stéphane Berne.

Mais les conséquences de ce couronnement ne sont pas aussi amusantes pour Falstaff : celui qui caressait le rêve d’être traité comme un ami par le nouveau roi se trouve bien marri quand celui-ci le bannit. « Le monde est une farce ! Celui qui vous a amusé s’est usé, Falstaff est mort… » Mais Mastoc est toujours là et Jean-Hervé Appéré aussi, ainsi que leur alter-ego Falstaff, qui revient à la vie à chacune de leurs représentations ! Alors n’hésitez pas, si vous aimez l’humour sous toutes ses formes (burlesques, noires…), si vous avez envie de tenir compagnie à Falstaff ou encore d’aider Mastoc à retrouver Moustic, ce spectacle est pour vous !

Informations pratiques :

23ème édition du « Mois de Molière » : du 1er au 30 juin 2018, à Versailles.

Visuels de : la compagnie de théâtre « Comédiens & Cie » et du « Mois de Molière 2018 »