Miracle en Alabama, ou comment parvenir au langage, au Théâtre la Bruyère

29 mars 2018 Par
Lili Nyssen
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Au Théâtre de la Bruyère se joue actuellement Miracle en Alabama, adaptation de William Gibson par Pierre Val, qui retrace l’enfance et l’ouverture au monde d’Helen Keller, universitaire sourde et aveugle depuis l’enfance. Une jolie adaptation d’une pièce aux enjeux universels. 

affiche

Dans une famille de l’Alabama naît Helen, petit bébé qui à la suite d’une congestion devient sourd et aveugle, et dans l’impossibilité de communiquer dans une famille qui, malgré l’amour débordant qu’elle porte à cet enfant, ne parvient pas à voir son intégrité humaine.

Miracle en Alabama est une pièce sur le langage et sur l’humanité. Adaptée de l’autobiographie d’Helen Keller, conférencière et militante politique aveugle et sourde dés l’enfance, la pièce retrace les étapes éducatives et le parcours intellectuel qui ont apprit à la jeune fille à communiquer. Car dans une humanité qui se soude par le langage, la cécité et la surdité privent de l’évidence acquise que tout se nomme, de « maman » à « gâteau », et de là, coupent l’entente, le lien social. C’est une réflexion sur l’éducation et sur la discipline, prônée douce mais ferme, dans laquelle doit évoluer l’enfant, quitte à provoquer quelques douleurs au coeur d’une mère surprotectrice. On est happés dans le parcours de Mme Sullivan, éducatrice anciennement sourde, qui tente de briser les murs d’acier qui renferment l’intelligence d’Helen, qui suffoque de folie.

L’adaptation de la pièce de William Gibson par Pierre Val est une pièce hybride, mélangeant les costumes d’époque à une mise en scène moderne, qui joue sur la superposition des plans et des décors, faisant apparaître des compositions picturales en perspective, ou des effets d’ombre quasi impressionnistes. En alternance, Lilas Mekki, comédienne sourde de naissance fascinée par le théâtre, et Clara Brice (que nous avons vue), passionnée de langue des signes, se partagent le rôle d’Helen Keller, personnage central et fascinant dans l’incompréhension qu’elle suscite autour d’elle, par ses gestes gauches et ses expressions animales. L’interprétation, autant le dire, est magistrale. La recherche du geste, l’appropriation du monde par le toucher, sont rendus sur scène de manière gracieuse et délirante. La bulle obscure dans laquelle se meut le personnage d’Helen est sublimée parce qu’elle se perce, parfois, elle s’éclaire, et l’animalité s’illumine d’un éclair de génie. L’humanité cherche ses limites dans cette performance théâtrale vraiment réussie. Et face à elle, dans une confrontation délicate, fascinante et silencieuse, Stéphanie Hédin (Mme Sullivan) s’insère dans un duo acharné maître-élève avec brio.

Du mardi au samedi à 21 h au Théâtre La Bruyère. Représentation surtitrée le 31 mars à 14h30.