« Marx est mort », une belle idée inaboutie

25 mai 2017 Par
Sarah Lapied
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« Marx est mort », par la Compagnie des Grands Mâtins, est une pièce au nom ambitieux qui ne tient malheureusement pas toutes ses promesses : des dialogues qui manquent de substance et un traitement parfois un peu naïf, manquant de subtilité, produisent une réflexion sur le travail qui oscille entre le premier degré et la métaphore un peu simpliste.

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Montrer le décalage entre ce que demande le monde du travail et ce que requiert le bonheur humain est un projet louable et osé dans une société où la réussite professionnelle est l’alpha et l’oméga du succès en général. Alors que l’un de leurs amis s’est suicidé, trois personnes se retrouvent autour de son cercueil et se demandent ce qui l’a poussé à cette extrémité. La réponse est évidente : c’est le travail qui l’a enterré. Faut-il alors ressusciter Marx ?

Le mélange des tons, comique, tragique, absurde, s’opère sans réelles transitions. Du thriller au karaoké, du romantisme au soufflage de feuilles mortes, tout s’enchaîne un peu abruptement. On notera tout de même les captations vidéo de certaines scènes, tournées en extérieur avec Antoine Amblard, qui campe un cadre sup’ dont la vie est envahie par des investisseurs chinois : ces saynètes projetées sur grand écran montrent un monologue où s’installe peu à peu la folie. Ce sont des fulgurances comiques et absurdes, trop rares, que l’on aurait aimé voir tout au long du spectacle. Ces moments tranchent d’avec l’ensemble, trop littéral, trop solennel parfois. Depuis que la littérature et le cinéma se sont emparés de la thématique du travail, la folie, l’aliénation y sont couramment associées. Montrer cette aliénation n’est cependant pas évident pour autant, et la pièce n’y parvient pas toujours…

« Jusqu’où irions-nous pour conserver notre mode de vie, ou pour en sortir ? » est une question cruciale, à laquelle cette pièce tente d’apporter une réponse qui nous laisse perplexe. Vivre en harmonie avec la nature, offrir des fleurs aux gens qu’on aime, repenser un nouveau modèle de société ? Ce n’est bien sûr pas aussi simple, et l’on aurait aimé que cela soit dit clairement. Un sujet aussi brûlant et clivant aurait mérité, selon nous, que l’on s’en empare avec plus de ferveur et plus d’engagement. Sur la question du travail en particulier, il ne suffit pas, ou plus, d’établir des constats généraux et d’y apporter des réponses vagues. Ionesco écrivait qu’il fallait « revenir à l’insoutenable. Pousser tout au paroxysme, là où sont les sources du tragique. Faire un théâtre de violence : violemment comique, violemment dramatique ». Il ne manque pourtant pas tant que ça à « Marx est mort » pour y parvenir…

Du 24 au 28 mai 2017 au Théâtre de l’Opprimé, 78 rue du Charolais, 75012 Paris. Du mercredi au samedi à  20h30, le dimanche à  17h.

Visuel : Théâtre de l’Opprimé.