« Mangeront-ils? », un Hugo pas rasoir servi en musique par des marionnettistes!

23 avril 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Le Cirque Electrique est loin de se contenter de présenter du cirque; à l’occasion, il présente du théâtre, de la musique, des spectacles de marionnettes… ou les trois à la fois. Mangeront-ils?, spectacle tiré de la pièce de Victor Hugo du même nom, se joue avec malice du texte vénérable en le représentant presque sans mots, mais accompagné d’un orchestre symphonique. C’est beau, poétique, drôle, globalement réussi, et cela se joue jusqu’au dimanche 24.

Note de la rédaction :

Mangeront-ils?, pour Victor Hugo, est une pièce de l’exil: écrite pendant son séjour à Guernesey, elle rompt, par sa forme, avec les drames romantiques dont Hugo avait lui-même défini les codes dans les décennies précédentes. La Fine Compagnie et les Estropiés ont choisi de s’en saisir pour porter le texte à la scène sous une forme assez inédite, qui tient un peu de l’opéra symphonique, un peu du théâtre de marionnettes, un peu du théâtre tout court.

C’est inventif et réjouissant, même si, du texte de Victor Hugo, il ne reste pratiquement plus rien: quelques vers s’affichent sur des écrans périphériques, peut-être dix fois dans le spectacle. C’est la dramaturgie, la fable même, qui a inspiré les re-créateurs de ce spectacle qui l’ont dépoussiéré dans un jeu muet qui louche fortement du côté des grands mimes – la filiation à Chaplin est assumée, on pense évidemment à Buster Keaton, ou, pour être plus chauvin, à Etienne Ducroux – appuyé par des masques et des marionnettes très inspirés. Si aucun mot n’est prononcé, l’histoire est mise en musique de bout en bout par l’accompagnement d’un orchestre symphonique. Le décor est particulièrement élaboré. Au centre de la scène trône un arbre majestueux, éclairé de l’intérieur par des LED de couleur variable, des oiseaux lumineux sont enfermés dans des cages en tissu, une sorte de grotte ou de batisse fermée par une porte flanque l’arbre à cour.

De ce spectacle, on retiendra surtout l’énergie: clairement, les acteurs, marionnetistes, musiciens, ont tous pris un immense plaisir à donner vie à cette fable un peu irrévérencieuse, à moitié comique mais à moitié politique sans avoir l’air d’y toucher. La bonne humeur de ce grand plateau artistique (on comptait 23 musiciens le soir où nous avons assisté à une représentation) est communicative. Le spectacle, spécifiquement commandé pour un public avoisinant les 9 ans et plus, peut être vu sans dépliaisir aucun par des adultes. La musique entraînante et astucieusement variée, la créativité des costumes, le comique parfaitement manié par les comédiens, font beaucoup pour qu’on oublie l’inconfort du chapiteau.

Une transposition plutôt réussie de l’oeuvre de Hugo, donc: poétique, mais d’une autre manière, moins verbale et plus visuelle. Un spectacle populaire, au bon sens du terme: franc, abordable sans requérir un vaste bagage culturel, mais tout de même intelligent et sensible.

A voir jusqu’au 24 avril au Cirque Electrique.

La Fine Compagnie et Les Estropiés, accompagnés de l’orchestre symphonique NOBIS

Sur une musique originale de Bastien Lacoste

Visuels: (C) DR

 

 

 

Par La Fine Compagnie, Les Estropiés, l’Orchestre Nobis


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